Le sondage, mes étonnements et Moutier

Automne 1969 : Il pleut, j’ai 7 ans. De Court, je rentre à la maison à Moutier dans la VW coccinelle de mon père. A l’entrée des Gorges de Court, j’aperçois un drapeau jurassien peint sur la montagne juste en dessus du tunnel CFF. Mes parents fustigent ceux qui commettent de tels barbouillages. Mon engagement et mon intérêt pour la politique régionale remontent à cet épisode.

Mardi 29 octobre 2013 : Pluie et soleil sont au rendez-vous. Le JDJ publie son sondage sur les votations du 24 novembre. J’ai maintenant 51 ans. Cette vieille histoire me fatigue. 44 ans me séparent de cette première vision du drapeau. Que s’est-il passé entre-temps ? Je me souviens des bagarres, des fermes incendiées, des amitiés nouées dans mon camp politique (bernois), des déchirements dans ma classe à l’école secondaire à Tavannes, des collages d’affiches avant le 23 juin et le 16 mars, de mon premier amour –…une belle jurassienne ! –, d’une séance à Courrendlin qui déchira en deux l’association de gymnastique et me fit perdre la moitié mes amis gymnastes, de mon mariage avec une autonomiste. Le calme revient dans la région. Naît un apaisant dialogue interjurassien. Seule ma ville natale de Moutier continuait à s’exciter pour un drapeau. Ses autorités mono-maniques travaillent nuit et jour à la réunification. Pendant ce temps, cette belle ville perd de sa superbe économique. Ses travailleurs et industriels en sont pénalisés alors que leurs qualités leur permettraient d’inonder davantage le monde de leurs beaux produits industriels.

Et maintenant badaboum ! On nous demande de revoter. J’en ai marre de rouvrir ces plaies, de voir de nouveaux fossés se creuser entre amis, de voir des industriels et des ouvriers se remettre à discuter de frontières au lieu de se battre sur des marchés internationaux, des politiciens penser à une future carrière de ministre plutôt que de s’occuper des démunis de la région.

Ce qui m’étonne dans ce sondage c’est la volonté des jeunes de voter NON. Quand j’étais adolescent, les jeunes voulaient le Jura Libre. Moi comme bernois de gauche, j’étais une sorte d’OVNI. Ces anciens jeunes ont 44 ans de plus et restent figés sur leur image idyllique d’un Jura dit Libre. En 1979, à la création du canton du Jura, j’étais persuadé que si nous devions revoter dans 30 ans, le Jura bernois basculerait dans le Jura. Pourquoi cette erreur d’anticipation ? L’exemple donné par le canton du Jura ne séduit pas !  Les conditions de vie dans le canton de Berne plaisent ! Les jeunes veulent de grands espaces ! Avoir la paix et améliorer l’existant !

Comme natif de Moutier, j’ai gardé un profond sentiment d’attachement à cette ville. Je suis fier de dire que j’y ai vécu. La ville me donnait un sentiment de modernité, de liberté, d’esprit d’innovation et de puissance. J’espère que la jeunesse de Moutier pourra convaincre ses ainés du bien-fondé pour la ville de rester dans le Jura bernois et de nommer des autorités qui travaillent pour la ville et ses habitants plutôt que de se battre pour déplacer une frontière. J’aimerais que les enfants de 7 ans qui vivent à Moutier trouvent la fierté qui brillait dans mes yeux quand je parlais de ma ville, Moutier, capitale du Jura bernois.

Gérard Bigler, Membre de NJB – Parti Socialiste

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