Les moyens de sa politique

Il faut rappeler que les cantons de Berne et du Jura sont tous les deux bénéficiaires de la péréquation financière. Il n’y a aucune honte à cela : 15 autres cantons profitent de ce système de solidarité intercantonale qui est (autant que le multilinguisme) un des fondements du fédéralisme.

Berne est, en termes absolus, le plus gros bénéficiaire. En termes relatifs (montant par habitant), le canton touche 1'097.- par habitant et par an, alors que le montant est presque double pour le Jura, à savoir 2118.-.

En clair, cela signifie que le Jura bernois aujourd'hui fait entrer de la Confédération 56,5 mios chaque année dans les comptes cantonaux bernois. S’il accédait à une souveraineté cantonale partagée, le Jura bernois, qui ne serait ni plus riche ni plus pauvre, recevrait automatiquement le double, soit 109 millions par an (deux fois le budget de la ville de Moutier) !

Un fameux rapport de 2002 montre que le Jura bernois aurait bénéficié de flux financiers intracantonaux en sa faveur de 40 et 30 millions de francs. Or, précisément, ce rapport ne prend pas la péréquation fédérale en considération. Bilan : les 30 à 40 millions en faveur du Jura bernois comparés à sa « part » à la péréquation fédérale de 56 millions, débouchent sur un « gain » de 26 à 16 millions annuels.

Lors d’un débat à Moutier, le président du Conseil du Jura bernois a voulu corriger ces chiffres en citant le rapport Jeanrenaud qui montrerait que le Jura bernois profite des flux financiers avec Berne, pour un montant de 70 millions. On est encore loin des 109 millions qui reviendraient à notre région si elle accédait à la souveraineté.

Lors de la présentation de leur budget, les communes de Bienne, Saint-Imier et Moutier ont constaté les effets dévastateurs de la péréquation intracantonale, des transferts de charges et de tâches cantonales sur les finances des communes. D’après Mme Silvia Rubin, responsable des finances de Moutier, « cela représente à ce jour pour Moutier 1,3 million, soit 170 francs par habitant, correspondant à 1.7 point de quotité », rien que pour l’année 2014 !

Ceci montre que s’ils le voulaient bien, Moutier et sa région auraient les moyens de leur politique mais surtout la politique de leurs nouveaux moyens.

Pierre Corfu, Moutier,  conseiller municipal, vice-président des finances, membre de l'AIJ

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