OUI POUR NE PAS BRISER UN REVE !

Depuis de longues semaines maintenant, j’entends et je lis les arguments de partisans et des opposants à l’entrée en force d’un processus qui pourrait aboutir, d’ici trois ou quatre ans, à l’émergence d’un nouvel Etat de la Confédération. Un Etat construit par un peuple, ses élu-e-s et ses citoyen-ne-s. Construit après en avoir rêvé et dessiné les contours. Après avoir, dans le cadre d’une Constituante composée uniquement de Jurassien-ne-s (aujourd’hui domicilié-e-s au Nord ou au Sud de la Roche St-Jean), discuté, débattu et opté pour des structures, des outils politiques, des moyens économiques et financiers qui tous visent à un seul but : construire l’avenir du peuple jurassien, l’inscrire dans la durée, dans le respect de la culture et du génie propre à ce peuple. Ce que tout peuple de la planète souhaite qu’on lui offre un jour, c’est-à-dire de pouvoir prendre en main sa destinée, le peuple jurassien se le voit offrir aujourd’hui !

Pour des raisons obscures, nourries de quelque ambition politicienne ou d’intérêts personnels plus ou moins avoués, une partie des Jurassien-ne-s s’ingénie à vouloir refuser cette occasion rare (à défaut d’être unique) d’étudier ce que pourrait être cet avenir, et si l’envie l’en saisit, de se lancer dans la conquête de sa liberté.

J’en veux personnellement à celles et ceux qui diront NON le 24 novembre. Non pas parce qu’il-elle-s usent d’un droit démocratique, mais parce que je crois que leur choix brisera le rêve de celles et ceux qui sont tenté-e-s de regarder l’avenir avec curiosité, de réfléchir sereinement et avec gourmandise à ce que pourraient être les outils de leur indépendance, de l’exercice des droits et devoirs qui découlent de la responsabilité de femme et d’homme libres.

Dernièrement, à La Chaux-de-Fonds, un auteur largement connu chez nous pour son désir d’harmonie dans les relations humaines s’exprimait sur le thème : «  De la ferveur de vivre au plaisir d’exister » (Jacques Salomé, Club 44, 7.11.2013).  A plus d’une reprise durant son intervention, j’ai fait les liens entre ces folles années 1975-76 et 77 au cours desquelles, par la grâce d’un vote positif le 23 juin 1974, j’ai pu vivre intensément des soirées et des journées d’étude, de réflexion et de travail en compagnie de jeunes et de moins jeunes qui rêvaient la République et Canton du Jura. Nous alimentions avec enthousiasme et ferveur la réflexion et les arguments des Constituant-e-s (qui abattirent un travail titanesque en un laps de temps des plus brefs). Grâce à nous et avec nous, il-elle-s construisirent ce qui fut à l’époque considéré comme le plus moderne des Etats de la Suisse. Le temps a passé. Des rêves de l’époque certains se sont éteints. Mais jamais la liberté n’a eu de goût amer. Et si c’était à refaire, je referais ce chemin militant. Et pour tout dire, je souhaite que le 25 novembre  les Jurassien-ne-s se remettent à table pour envisager, discuter et construire l’espace de vie d’un peuple libre et fier de ses racines.

Pour conclure, je veux de citer un brin de Jacques Brel, qui écrivit : « Je vous souhaite des rêves à n'en plus finir, et l'envie furieuse d'en réaliser quelques-uns. … ». C’est dans cet état d’esprit que je voterai le 24 novembre.

Jean-Marie Miserez, anc. député et anc. membre de l’Assemblée interjurassienne, Saignelégier

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