De nouvelles accusations visent la présidente brésilienne

De nouvelles accusations visent la présidente brésilienne

Photo: Keystone

De nouvelles accusations ont accentué samedi la crise politique au Brésil. Elles impliquent la présidente brésilienne Dilma Rousseff dans le vaste réseau de corruption Petrobras.

Le sénateur de gauche Delcidio Amaral, lui-même mis en examen dans cette affaire, a affirmé que l'ex-président Lula 'dirigeait le système' de pots-de-vin et que Mme Rousseff 'savait tout'. Selon lui, 'Dilma a hérité et bénéficié directement de ce système, qui a financé ses campagnes électorales' en 2010 et 2014, a -t-il déclaré à l'hebdomadaire Veja.

Les affirmations du sénateur, qui collabore avec la justice contre de futures remises de peine, surviennent au lendemain de vastes manifestations de la gauche brésilienne en soutien à la présidente.

La journée a mobilisé 2670'000 militants et sympathisants, selon la police. Ils ont défilé dans 55 villes du pays aux cris de 'Il n'y aura pas de coup d'Etat!'

Or c'est dix fois moins que les trois millions de Brésiliens descendus dans les rues dimanche passé pour réclamer le départ de la cheffe de l'Etat qu'ils accusent d'avoir sciemment maquillé les comptes publics l'année de sa réélection, en 2014.

Société divisée

Le géant d'Amérique latine, hôte des Jeux olympiques en août, est actuellement paralysé par une récession et une tempête politico-judiciaire. Les défilés des deux camps se succèdent depuis plusieurs mois, reflétant une société profondément divisée.

Samedi, munis de pancartes 'Lula voleur' et 'Dehors Dilma', une centaine de manifestants se sont installés dans le centre de Sao Paulo. Ils ont l'intention d'y rester jusqu'à obtenir la démission de Mme Rousseff.

'Nous voulons la démission de Dilma et la prison pour Lula. Puis pour tous les politiciens corrompus, quel que soit leur parti', a expliqué Bruno Balestrero, 27 ans.

Deux fronts

Depuis treize ans au pouvoir, la gauche brésilienne, empêtrée dans un vaste scandale de corruption autour du groupe pétrolier étatique Petrobras, tangue dangereusement sur deux fronts. Dilma Rousseff est menacée au Parlement d'une procédure de destitution et son prédécesseur et mentor, Lula, risque un placement en détention provisoire.

Vendredi soir, un juge du Tribunal suprême fédéral (STF), plus haute juridiction du pays, a suspendu l'entrée récente de Lula au gouvernement, y voyant une 'forme d'obstruction des mesures judiciaires'. Selon le site juridique Jota, le Tribunal, seule instance pouvant confirmer ou annuler cette suspension, ne se réunira pas avant le 30 mars, en raison des vacances de Pâques.

Simple justiciable

Pendant onze jours, Lula ne peut donc exercer ses fonctions de chef de cabinet (quasi-Premier ministre) de Dilma Rousseff. Plus important encore, l'icône de la gauche brésilienne redevient simple justiciable.

Dans ce laps de temps, le juge Sergio Moro, chargé du dossier Petrobras, 'peut ordonner sa détention (provisoire) mais il devra démontrer qu'il existe des faits la justifiant', a affirmé Carlos Gonçalves, professeur de droit de l'Université catholique de Sao Paulo.

D'ici un mois

L'avenir de Dilma Rousseff dépend du bon vouloir d'une Commission spéciale de 65 députés. Celle-ci a entamé vendredi ses travaux et souhaite rendre un premier avis d'ici un mois.

Son rapport sera soumis à l'Assemblée plénière des députés. Si les deux tiers (342 sur 513) se prononcent en faveur de la mise en accusation de la présidente, celle-ci sera écartée de ses fonctions pendant 180 jours maximum. Il faudrait ensuite les deux tiers des sénateurs (54 sur 81) pour la destituer.

Ordre des avocats

Vendredi soir, l'Ordre général des avocats (OAB) a apporté son soutien à la procédure de destitution. Il estime qu'il existe 'des éléments juridiques complets qui mènent à une demande de destitution pour des actes comptables'.

Et samedi, un sondage de l'institut Datafolha chiffrait à 68% le soutien des Brésiliens à cette procédure, huit points de plus qu'en février. Jusqu'à présent, Fernando Collor de Mello (1990-1992) a été le seul président dans l'histoire du pays à être destitué, pour corruption.

/ATS
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