Début des interrogatoires au procès de l'infante Cristina

Procès princier: un proche décrit de petits arrangements entre amis

Photo: Keystone

Le procès de l'infante Cristina d'Espagne et son mari Iñaki Urdangarin a repris mardi à Palma de Majorque. Le couple est jugé pour une affaire de détournement de fonds publics. Un ancien ami a détaillé des arrangements financiers peu glorieux.

Comme il doit le faire désormais quatre matinées par semaine, le couple princier a pris place, à Palma de Majorque, parmi les 17 accusés jugés pour l'affaire Noos, du nom de 'l'espèce d'ONG' que l'époux de l'infante présida de 2003 à 2006.

Entamé le 11 janvier dernier, le procès avait été suspendu jusqu'à mardi, le temps pour les trois juges d'examiner des points de droit et de conclure notamment que l'infante Cristina devait bien être jugée pour complicité de fraude fiscale. Elle détenait la moitié d'une société-écran destinataire de fonds détournés.

La salle d'audience a été aménagée pour l'occasion dans un bâtiment public, à quelques centaines de mètres d'une prison de la station balnéaire de Palma de Majorque. Le procès doit durer jusqu'au 30 juin.

Fausses factures

Subventions gaspillées ou détournées, fausses factures pour des événements n'ayant jamais eu lieu, sociétés-écrans, emplois fictifs: tels sont quelques-uns des ingrédients de cette affaire qui a terni l'image de la royauté. Au point de précipiter l'abdication du père de Cristina Juan Carlos Ier en 2014 au profit de son fils, Felipe VI, frère cadet de la princesse.

A la tête de l'institut Noos, M. Urdangarin, 48 ans, et son associé Diego Torres sont accusés d'avoir détourné plus de 5,8 millions d'euros de fonds publics (6,3 millions de francs au cours du jour). Ces fonds avaient été attribués entre 2004 et 2007 par les gouvernements autonomes des Baléares et de Valence, alors dirigés par le Parti populaire (PP, droite).

Réduction de peine

Le premier accusé interrogé mardi, José Luis Ballester, alias Pepote, avait décroché une médaille d'or de voile aux JO d'Atlanta de 1996. Il avait ensuite été nommé directeur général des Sports des Baléares en 2003.

Embarrassé par son statut de 'repenti', il a d'abord expliqué au tribunal pourquoi, dès 2010, il avait décidé de collaborer avec la justice, en échange d'une réduction de peine. Je voulais faire 'connaître ma vérité', a-t-il dit, quand 'd'autres continuaient avec leurs mensonges'.

Premiers contrats

Iñaki Urdangarin, il l'avait connu au temps de leur jeunesse, avant que tous deux décrochent des médailles olympiques, l'un de handball, l'autre de voile. Dès 2003, alors que M. Ballester travaillait déjà pour la région, M. Urdangarin, président de Noos, allait négocier ses premiers contrats avec M. Ballester et le président des Iles Baléares, Jaume Matas.

Tous deux se retrouvaient 'au palais de Marivent', résidence d'été de la famille royale à Palma, a expliqué le 'repenti'.

'Budget fictif'

M. Urdangarin avait obtenu que la région sponsorise l'équipe cycliste Banesto qu'il représentait à hauteur de 18 millions sur trois ans. Il avait aussi décroché des contrats en or pour Noos, dont l'organisation d'un congrès Tourisme et Sport de deux jours facturé 1,2 million d'euros.

'Un prix complètement disproportionné' basé sur 'un budget fictif', selon le parquet. Ce dernier considère que MM. Urdangarin et Torres avaient créé Noos dans 'le seul but' de profiter du 'prestige social de prétendues actions altruistes' et d''avoir accès à des subventions'.

De faux comptes rendus

Jaume Matas écoutait depuis le banc des accusés la déclaration de M. Ballester, son ex-subordonné. M. Matas a été ministre (2000-2003) du gouvernement de José Maria Aznar. Il a déjà été condamné à une peine de prison dans une autre affaire de corruption.

Selon Pepote, M. Matas prenait, seul, des décisions validées par les faux comptes rendus de réunion d'un comité de direction qui 'en fait, ne siégeait pas'. Et les contrats étaient conclus sans le moindre appel d'offres.

Selon l'accusation, une grande partie des 'fonds obtenus d'organismes publics et de sociétés privées' étaient ensuite transférés par Noos à des entités commerciales appartenant à MM. Urdangarin et Torres. L'une de ces 'sociétés-écrans', détenue pour moitié par Cristina, finançait selon le parquet de nombreuses dépenses du couple princier -voyages, travaux ou cours de danse- ce qui a fait scandale dans l'Espagne en crise.

M. Urdangarin, qui encourt jusqu'à 19 ans de prison, devra écouter d'ici au 26 février, les interrogatoires de douze autres des 17 accusés. L'infante Cristina sera entendue ensuite. Déjà bannie de tous les actes officiels de la royauté, elle encourt jusqu'à huit ans de prison.

/ATS
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