Le pape célèbre une messe à la frontière avec les Etats-Unis

Le pape quitte le Mexique après un voyage historique de cinq jours

Photo: Keystone

Le pape a quitté le Mexique mercredi à l'issue d'un voyage historique de cinq jours, qui s'est achevé par une messe transfrontalière inédite. Il a plaidé dans son homélie pour l'accueil des nécessiteux et dénoncé la 'tragédie humaine' des migrations forcées.

Avant que son avion ne décolle de l'aéroport de Ciudad Juarez, à la frontière américaine, le souverain pontife a tenu une cérémonie officielle en présence du président Enrique Pena Nieto. Le pape a grimpé le long d'une rampe ornée de fleurs jusqu'à une croix érigée par la ville en mémoire des migrants qui ont péri en tentant de rejoindre le territoire américain.

De là, à environ 70 mètres seulement de la clôture qui sépare les deux pays, devant plus de 300'000 fidèles rassemblés de part et d'autre de la frontière, François s'est recueilli face au Rio Bravo, puis a célébré la messe. Une connexion vidéo permettait la retransmission en direct de la cérémonie dans un stade universitaire de la ville texane d'El Paso.

Evoquant l'immigration, le pape a déploré dans son homélie le sort de migrants 'réduits en esclavage, emprisonnés, victimes d'extorsion' et s'en est pris avec virulence aux trafiquants d'êtres humains. 'Ce sont des frères et soeurs qui sont jetés par la pauvreté et la violence, par le narcotrafic et le crime organisé.'

Et François de continuer: 'l'injustice est encore plus radicale pour les jeunes qui sont de la chair à canon, persécutés et menacés quand ils essaient de fuir la spirale de la violence et l'enfer de la drogue. Il y a aussi toutes ces femmes injustement privées de leur vie', a affirmé le Saint-Père. 'Plus de mort, ni d'exploitation! Il est encore possible de changer', a-t-il enfin lancé à la foule.

Débattu aux primaires

Ces propos interviennent en pleines primaires aux Etats-Unis, où les candidats à l'investiture républicaine pour la présidentielle de novembre ont fait de la lutte contre l'immigration illégale l'un de leurs principaux thèmes de campagne.

Donald Trump, notamment, a accusé le Mexique de 'tuer' les Etats-Unis avec sa main-d'oeuvre bon marché et l'envoi sur le territoire américain 'de criminels, trafiquants de drogue et autres violeurs'. Le milliardaire a présenté le pape comme quelqu'un de 'très politique', suggérant que le gouvernement mexicain l'avait convaincu de célébrer cette messe 'transfrontalière' à Ciudad Juarez.

'Laisser entendre que le pape est un instrument du gouvernement mexicain, non. C'est vraiment très étrange', a répondu le père Federico Lombardi, porte-parole du Vatican, peu avant l'arrivée du pape dans la ville-frontière.

'Le pape parle toujours des problèmes liés à l'immigration. Si M. Trump venait en Europe, il se rendrait compte que le pape, sur l'immigration, tient le même langage à tous, Italiens, Allemands, Français ou Hongrois.'

Critique du capitalisme

Quelques heures avant la messe, François s'est livré à une sévère critique du capitalisme devant des chefs d'entreprises et des représentants syndicaux de Ciudad Juarez.

'Les flux de capitaux ne peuvent décider des flux de population', a déclaré le pape, dénonçant 'la mentalité dominante qui cherche le profit maximum, immédiat et à n'importe quel prix' ainsi que 'l'exploitation des employés considérés comme des objets que l'on jette après usage. Les esclavagistes d'aujourd'hui auront des comptes à rendre à Dieu', a-t-il ajouté.

François devait par ailleurs rencontrer les parents des 43 étudiants disparus, mais ceux-ci ont finalement fait savoir qu'ils n'assisteraient pas la messe, faute de moyens.

Peu avant de monter dans l'avion le ramenant à Rome, le pape a évoqué les visages des enfants mexicains croisés au cours de son périple: 'je vous assure que j'ai failli pleurer de voir tant d'espoir dans une nation qui a autant souffert'.

/ATS
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