Les députés malgaches votent la destitution du président

Les députés malgaches votent la destitution du président

Photo: Keystone

Les députés malgaches ont voté à une très large majorité mardi soir la destitution du président Hery Rajaonarimampianina, moins de dix-huit mois après son élection. Ils risquent ce faisant de replonger la Grande Ile dans une nouvelle crise politique.

Ils accusent notamment le président, isolé politiquement, d'avoir violé la Constitution du pays, et plus généralement d'incompétence.

La Haute Cour constitutionnelle doit désormais se prononcer sur le bien-fondé de la déchéance du président, votée par 121 députés contre 4, sur 125 votants, parmi les 151 députés de l'Assemblée nationale. La majorité des deux tiers, requise pour obtenir la destitution du président, était de 101 voix.

'Il est déclaré officiellement que la soumission à la Haute Cour constitutionnelle de la requête de mise en déchéance (de Hery Rajaonarimampianina) est acceptée par tous', a annoncé officiellement le président de l'Assemblée Jean Max Rakotomamonjy après le dépouillement du vote des députés.

Le résultat du vote a été accueilli avec des applaudissements. Des députés ont même crié haut et fort 'on vous dit au revoir!'

Union de deux camps

D'autres ont cependant dénoncé des fraudes. 'Ce n'est pas normal, il y a eu de la triche', a accusé la députée Lydia Raharimalala, qui a refusé de prendre part au vote et estime qu'il n'y a pas eu plus de 70 votants. 'On va dénoncer tout ça, on va saisir la Haute Cour constitutionnelle.'

L'élection d'Hery Rajaonarimampianina en décembre 2013 est la première élection démocratique depuis 2006. Elle avait laissé croire que Madagascar pourrait enfin sortir de la très grave crise politique et économique dans laquelle elle était plongée depuis le renversement du président Marc Ravalomanana par le maire d'Antanarivo Andry Rajoelina, en 2009.

Expert-comptable de formation, M. Rajaonarimampianina avait promis à la population une vie meilleure. Et il avait promis d'agir vite.

Elu avec le soutien d'Andry Rajoelina, le président avait battu le candidat de M. Ravalomanana, Robinson Jean-Louis. Mais il a rapidement pris ses distances avec son mentor, se retrouvant sans base politique. Et les camps Rajoelina et Ravalomanana ont uni leurs forces mardi pour l'abattre au Parlement.

Incompétence relevée

S'il a su renouer avec les bailleurs de fonds étrangers qui avaient tourné le dos au pays après le coup de force de 2009, ses détracteurs et la société civile lui reprochent son inertie, ses tâtonnements et son inefficacité.

Il a mis deux mois et demi pour trouver un Premier ministre, limogé ensuite au bout de huit mois. Il a aussi dû louvoyer entre les uns et les autres, son propre parti étant resté un groupuscule ne disposant d'aucun député à l'Assemblée.

'Je suis désolé, mais rien ne marche actuellement dans le pays. Il connaît peut-être la comptabilité mais pas la gestion d'une nation. Il n'est entouré que par des amateurs. Et ces amateurs l'empêchent de se tourner vers sa famille politique', avait tonné le député Tinoka Roberto, avant le vote de l'Assemblée. 'Pour moi, s'il est incompétent, il vaut mieux qu'il quitte le pouvoir!'

Violation de la Constitution

Proche d'Andry Rajoelina, Christine Razanamahasoa a cité plusieurs cas de dite violation de la Constitution par le président: non-respect de la séparation du pouvoir, non-respect du délai de promulgation des lois, ingérence dans les affaires de l'Assemblée nationale, obstacle à l'instauration d'une commission électorale indépendante, menace de dissolution de l'Assemblée nationale.

L'ambassade des Etats-Unis avait appelé, en vain les députés à la retenue. Elle a dit dans un communiqué soutenir 'les efforts entrepris par le président Rajaonarimampianina et le gouvernement afin d'émerger de la crise de 2009 et permettre à Madagascar d'atteindre tout son potentiel'.

La très mouvementée histoire politique malgache a déjà connu un précédent: le président Albert Zafy a été victime d'un vote de censure au Parlement malgache en juillet 1996, une destitution confirmée par la Haute Cour constitutionnelle deux mois plus tard.

/ATS
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