Les « frondeurs » continuent de défier le PS français

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Photo: Keystone

Le PS français a montré ce week-end à Poitiers, au-delà des voeux de rassemblement et d'élargissement à d'autres forces de gauche, l'image d'un parti à la limite de la schizophrénie. Le premier ministre Manuel Valls a toutefois pu répondre vertement à Nicolas Sarkozy.

Le congrès du Parti socialiste (PS), qui devait être celui de l'unité retrouvée derrière François Hollande à moins de deux ans de la présidentielle, n'a pas réussi à masquer la persistance de fortes contradictions en son sein. 'Le congrès s'est bien passé', ont pourtant répété à l'envi, mais avec une pointe de soulagement, dirigeants et ministres.

Le premier d'entre eux, Manuel Valls, s'est montré satisfait de son discours de samedi, clou du rituel. Nicolas Sarkozy 'est un problème' pour la France, a-t-il déclaré, ciblant déjà l'un des adversaires potentiels du candidat du PS pour l'Elysée en 2017.

Répondant aux dernières diatribes de l'ancien président qui a accusé récemment la gauche de 'terrifiante médiocrité', le premier ministre a clamé: 'Je ne veux pas que Nicolas Sarkozy récidive, qu'il fasse à nouveau ce qu'il a fait à notre pays quand il était au pouvoir'. 'Et je ne veux pas qu'il continue d'ouvrir un peu plus la porte à cet ennemi redoutable qu'est l'extrême droite', a déclaré Manuel Valls.

Adversaire pilonné

S'en prenant toujours à ses ennemis politiques, il a reproché à la droite de ne conserver que le 'vernis' de la République et d'en oublier le sens. Il a critiqué les dirigeants de l'ex-UMP d'avoir 'privatisé' un 'bien commun' en se rebaptisant 'Les Républicains'.

Enfin, le Catalan d'origine a invité 'le chef de l'opposition à méditer sur le passé, avant que d'envisager l'avenir (...). Faire de la politique, c'est servir les autres et non pas régler des comptes personnels. C'est élever le débat et non pas plonger des deux pieds dans l'outrance et la hargne. C'est débattre, argumenter. Ce n'est pas vociférer ou insulter'.

Selon un sondage Ifop publié dimanche, Manuel Valls continue de devancer largement François Hollande sur la question de savoir qui est le plus capable de rassembler les Français et qui incarne le mieux l'autorité.

Les ténors du PS devaient surtout rassurer leurs troupes alors que la bataille en vue de l'élection présidentielle de 2017 est d'ores et déjà lancée. 'Nous n'avons pas le droit de faiblir', a encore asséné M. Valls, assurant que 'la gauche, c'est un mouvement généreux', en concluant 'soyons fiers d'être de gauche'.

Esprit frondeur

Malgré ce discours au ton rassembleur, le premier ministre a admis que tout n'était pas réglé au sein de la famille PS. Notamment l'affaire des 'frondeurs', du nom de la quarantaine de députés qui ont refusé de voter la loi sur la croissance du ministre de l'économie Emmanuel Macron en première lecture à l'Assemblée nationale et ont poussé le gouvernement à engager sa responsabilité.

L'aile gauche et les 'frondeurs' en particulier ont joué les trouble-fête à Poitiers en critiquant la politique de l'exécutif, trop libérale à leurs yeux, dans des interventions souvent plus applaudies que les orateurs en phase avec le gouvernement.

Mais lors de ce congrès les contestataires n'ont pas obtenu que les 'erreurs' de la politique économique menée depuis 2012 soient reconnues. 'Il faut poursuivre les réformes de fond. Ce n'est pas le moment de renverser la vapeur ni de changer de conducteur', a ponctué dimanche Jean-Christophe Cambadélis, le secrétaire général du PS, en conclusion du rassemblement, emboîtant le pas à Manuel Valls, qui a lancé un vibrant 'Maintenant, il faut finir le job !'.

Le silence d'Aubry

Une déclaration d'intention générale a finalement été adoptée. Elle admet la nécessité d''ajuster' la politique menée par le gouvernement à la 'nouvelle période'. Mais ici aussi, les frondeurs ont contrecarré. 'Nous ne voterons pas ce texte parce que nous voulons indiquer au pays qu'il reste des socialistes qui vont continuer à se battre pour rectifier le cours de ce quinquennat', a expliqué à la tribune Laurent Baumel, un de leurs chefs de file.

La maire de Lille, Martine Aubry, poids lourd du PS, connue pour ses critiques, s'est finalement ralliée à la motion majoritaire en restant discrète, mais usant de son silence comme moyen de pression.

/ATS
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