Miami: le remède contre Zika peut-être pire que le mal

Miami: le remède contre Zika peut-être pire que le mal

Photo: Keystone

Quand des habitants de Miami aperçoivent un avion épandant un pesticide pour détruire les moustiques qui transmettent le virus Zika, ils se demandent si le remède n'est pas pire que le mal. Le produit est interdit en Europe car dangereux.

L'avion a fait son apparition au-dessus de Wynwood, un quartier prisé des hipsters et des touristes au nord de Miami. C'est là que les premiers cas de transmission domestique de ce virus, qui peut provoquer de graves malformations du foetus, sont apparus.

Des moustiques Aedes aegypti - vecteur favori de Zika - se sont sans doute nourris du sang d'une personne contaminée et ont ensuite infecté une ou plusieurs autres personnes en les piquant à leur tour.

Le petit avion pulvérise donc de temps en temps du naled, un pesticide organophosphaté servant à la lutte antimoustique depuis des décennies mais dont l'utilisation n'est plus autorisée dans l'Union européenne.

Et cette interdiction éveille les soupçons à Miami. 'Nous ne savons pas ce que c'est, ni comment ça agit et nous ne faisons pas confiance aux autorités', confie à l'AFP Fermín González, un graphiste de 38 ans. 'Je ne pense pas que ce soit bon pour la santé', ajoute-t-il.

Des commerçants de Wynwood ont commencé à s'organiser pour s'opposer aux épandages aériens. Des scientifiques et des écologistes accusent le naled de présenter un risque pour le système respiratoire et peut-être de provoquer des leucémies chez les enfants.

Interdit dans l'UE

L'Union européenne en a interdit l'utilisation en 2012 en raison des dangers qu'il présente pour la santé et l'environnement. Aux Etats-Unis, les Centres fédéraux de contrôle et de prévention des maladies (CDC) et l'agence de protection de l'environnement (EPA) estiment que le produit est sans danger s'il est utilisé correctement et avec parcimonie.

Mais 'si c'est considéré comme nocif en Europe, pourquoi est-ce que ce serait sans danger à Miami?', s'interroge Nichelle Harriott, directrice scientifique de l'organisation non gouvernementale Beyond Pesticides, qui lutte contre l'usage de pesticides toxiques.

Tom Frieden, le directeur des CDC, a assuré que ce pesticide, utilisé aux Etats-Unis depuis 1959 pour tuer les moustiques adultes, n'est pas nocif en faibles quantités. Et le site de l'EPA recommande aux personnes sensibles aux produits chimiques de rester enfermées chez elles, fenêtres fermées, pendant l'épandage.

'Tout dépend combien de temps, il sera répandu. Si les autorités le font pendant tout le reste de l'année, alors oui nous devrions nous inquiéter', affirme Mme Harriott.

Potentiellement lié à diverses maladies

'Les expérimentations animales suggèrent que l'exposition au naled dans des concentrations élevées peut provoquer nausées, vomissements, (...) faiblesses, paralysie, convulsions et autres symptômes pouvant aller jusqu'à l'arrêt respiratoire et la mort', explique à l'AFP Elvia Melendez Ackerman, professeure de sciences de l'environnement à l'Université de Porto Rico.

En outre, le naled génère un résidu appelé dichlorvos, décrit dès 1991 comme 'peut-être cancérigène pour l'homme' par l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Une autre étude, publiée en 2013 dans le Journal de l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a lié les organophosphates à la leucémie chez les enfants et à la maladie de Parkinson.

Toxique pour les abeilles

Qui plus est, ce produit chimique ne tue pas seulement les moustiques mais se révèle toxique pour les abeilles, les papillons, les poissons et autres organismes aquatiques.

Mme Melendez a été très active pour faire interdire l'usage du naled à Porto Rico, ce que le gouverneur a finalement décidé de faire en juillet. L'île, qui est durement frappée par l'épidémie de Zika, pulvérise uniquement du BTI, un larvicide naturel également utilisé à Miami.

Aux Etats-Unis près de 2000 cas de Zika ont été recensés sur le continent. La Floride est la plus touchée, avec près de 500 infections liées à des voyages et 30 cas transmis localement.

/ATS
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