Mort du petit Aylan: deux passeurs face à la justice en Turquie

Mort du petit Aylan: deux passeurs face à la justice en Turquie

Photo: Keystone

La justice turque a ouvert jeudi le procès de deux passeurs syriens. Ceux-ci sont poursuivis après le naufrage en septembre d'un bateau de réfugiés ayant provoqué la mort du petit Aylan Kurdi. Son décès était devenu un symbole planétaire du drame des migrants.

Les deux hommes sont accusés de 'trafic d'immigrants' et de 'négligences délibérées ayant entraîné la mort de cinq d'entre eux, dont le petit Aylan, alors âgé de trois ans, a précisé l'agence de presse Dogan. Tous deux risquent une peine de 35 ans de prison.

Le père de la petite victime était lui aussi poursuivi devant le même tribunal de Bodrum (sud-ouest) pour avoir 'utilisé' le bateau qui a coulé, selon Dogan. Les juges ont toutefois décidé jeudi d'abandonner les accusations lancées contre lui.

Absent de l'audience, Abdullah Kurdi, qui vit une partie de l'année au Kurdistan irakien, a été accusé juste après le drame d'avoir lui-même organisé la traversée clandestine de la mer Egée qui a viré au drame. M. Kurdi a toujours nié ces allégations. Invité régulier des médias depuis la catastrophe, il avait exhorté en décembre 'le monde entier à ouvrir ses portes aux Syriens'.

Procès ajourné

Dès le début de leur procès jeudi, les deux passeurs présumés ont nié toute responsabilité dans le naufrage et pointé du doigt celle du père d'Aylan. 'Le vrai criminel, l'organisateur, c'est Abdullah Kurdi qui est devenu un héros à la télévision mais n'est même pas venu témoigner', a lancé un des accusés. Le procès a été ajourné à une date non précisée.

Le 2 septembre dernier, une embarcation surchargée de réfugiés syriens avait chaviré au large de la station balnéaire huppée turque de Bodrum alors qu'elle tentait de rallier l'île grecque de Kos. Douze d'entre eux avaient trouvé la mort, dont le petit Aylan, sa mère et son frère Galip.

Les images du corps sans vie du petit Aylan, retrouvé quelques heures plus tard gisant sur une plage, ont fait le tour du monde. Elles ont suscité une vague d'indignation planétaire qui a contraint l'Union européenne à entrouvrir ses portes aux migrants, pour la plupart des réfugiés venus de Syrie et d'Irak en guerre.

Aide européenne

Ankara et Bruxelles ont signé fin novembre un 'plan d'action' qui prévoit une aide européenne de 3 milliards d'euros aux autorités turques en échange de leur engagement à mieux contrôler leurs frontières et à lutter contre les passeurs. Cet accord n'a pas réussi à enrayer de façon significative les départs de migrants vers la Grèce.

La Turquie accueille officiellement quelque 2,7 millions de Syriens et 300'000 Irakiens qui ont fui leur pays en guerre. Ce pays est devenu l'un des principaux points de départ des migrants qui veulent s'installer en Europe. Plus de 850'000 ont réussi à traverser la mer Egée en 2015 pour entrer en Grèce.

/ATS
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