Beaucoup d’émotions

Huit ans de peine privative de liberté. C’est ce qu’a réclamé la Procureure dans le cadre du procès sur l’accident de Montvoie. Mardi, le conducteur a comparu devant le Tribunal de première instance de Porrentruy. Il est accusé notamment de meurtre par dol éventuel, de délits manqués de meurtre par dol éventuel et d’infractions à Loi sur la circulation routière. Le 25 avril 2014, le jeune homme avait causé un accident. Sa voiture avec six personnes à bord était sortie de route entre Montvoie et Villars-sur-Fontenais. Deux passagers étaient décédés et trois autres blessés. Le jugement sera rendu jeudi.

 

Meurtre par dol éventuel ou homicide par négligence ?

Dans quelle mesure le conducteur était conscient des risques ? C’est la question centrale à laquelle la Cour devra répondre. La Procureure a affirmé dans son réquisitoire que le prévenu savait que sa conduite pouvait provoquer un accident fatal, mais qu’il s’en est accommodé. Selon Frédérique Comte, le drame était inévitable au vu de la configuration des lieux, de la voiture, de la surcharge, de l’inexpérience du chauffeur, de sa consommation d’alcool et des conditions météo. L’expertise a démontré que le virage aurait pu être passé au maximum à 81km/h, alors que la voiture affichait 83km/h. Le prévenu était conscient du risque car selon le Ministère public tous les passagers étaient effrayés et savaient que leur vie était en danger. Tout au long du trajet, ils ont demandé, en vain, de ralentir.

Selon l’avocat de la défense, son client n’imaginait pas que son comportement puisse déboucher sur la mort de deux de ses amis. Maître Gossin a affirmé que les passagers, non plus, ne prenaient pas au sérieux ce danger puisqu’après une pause, ils sont tous remontés dans le véhicule en réclamant une conduite plus prudente. Juste avant le drame, la voiture a dérapé dans un virage serré. Selon l’avocat, le conducteur pensait que les autres contours pouvaient dès lors être pris à la même vitesse. Maître Gossin a rappelé également que d’après des études, la perception du risque chez des jeunes est moins forte que chez des adultes, ce qui pourrait expliquer que le prévenu n’ait pas ralenti. Quant au déni total relevé par les parties plaignantes, l’accusé souffre d’amnésie suite au traumatisme cérébral causé par l'accident. La défense a demandé que son client soit reconnu coupable d’homicide par négligence et que sa peine soit compatible avec un sursis partiel. Enfin Maître Gossin a conclu sa plaidoirie en ajoutant que ce jeune homme n’était pas un monstre.

 

Une ambiance pesante

La matinée a été consacrée aux auditions qui se sont déroulées dans une ambiance pesante. La Cour a tout d’abord entendu le témoignage de deux des passagers. Des jeunes hommes encore bouleversés par cet accident. Ils ont affirmé que le prévenu n’était pas une mauvaise personne mais plutôt un casse-cou. Les témoins de la défense ont, quant à eux, décrit le conducteur comme une personne qui calculait les risques notamment dans ses activités sportives. Il pratique du ski freestyle.

Le prévenu a ensuite été entendu par le Tribunal. Il est resté prostré, il sanglotait. A plusieurs reprises, il a craqué. Il considère encore aujourd’hui que sa conduite était normale mais il ne se souvient plus totalement des faits. Il a admis tout de même avoir fait le mariole et qu’effectivement il n’aurait pas dû faire monter cinq personnes dans sa voiture et prendre le volant après quelques bières.

Les parties plaignantes, deux parents des jeunes décédés, ont ensuite pris la parole. Des parents émus par la déclaration et l’attitude du chauffeur, mais affligé par le déni total du prévenu quant aux causes de l’accident. La seconde partie plaignante, une maman, a déclaré être très en colère. Elle souhaite qu'à travers ce jugement ce genre de drames ne se reproduise plus. Pour elle, cet accident a été comme un tsunami dans sa vie. /ncp

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