Une clause unilatérale mauvaise pour l'économie (de Watteville)

Une clause unilatérale mauvaise pour l'économie (de Watteville)

Photo: Keystone

L'économie suisse souffrirait d'une clause de sauvegarde unilatérale contre l'immigration de masse. En cas de Brexit, Jacques de Watteville a estimé vendredi devant les banquiers privés un accord cet été avec l'UE improbable.

A quelques semaines de son départ, le secrétaire d'Etat aux questions financières internationales, qui restera en charge des négociations avec l'UE, ne cache pas la difficulté de la situation. Un accès au marché financier européen resterait plus facile avec un accord global, conditionné à un accord institutionnel avec l'UE qui lui-même dépendra d'une résolution du blocage après le vote contre l'immigration de masse.

Dans la mise en oeuvre de cette initiative début 2017, l'objectif suisse est d'atteindre une clause de sauvegarde négociée avec les Vingt-Huit. Avec une telle solution, 'il n'y aura pas de contingents', a dit le secrétaire d'Etat à Genève lors de la première Journée de la banque privée.

Le projet de loi actuel du Conseil fédéral n'offre pas de sécurité juridique et ne met pas la Suisse 'à l'abri de mesures de rétorsion pour l'économie' et de la remise en cause de certains accords. Le secrétaire d'Etat trouverait toutefois 'paradoxal qu'au moment où on inaugure le tunnel du Gothard, on suspende l'accord sur le transit'.

Davantage de volatilité

Une incertitude qui ne satisfait pas les banquiers privés dont certains ne garantissent pas de ne pas devoir recourir à des délocalisations. 'Nous voulons conserver les places de travail, le savoir-faire et les rentrées fiscales' de ce secteur, affiche clairement M. de Watteville. Mais le débat jusqu' au vote du 23 juin en Grande-Bretagne perturbe les discussions.

Un Brexit accentuerait l'insécurité et pourrait avoir un impact sur le franc, met en garde le secrétaire d'Etat. Il augmenterait la volatilité pour des banques privées qui font face déjà à la difficulté pour les clients d'investir depuis début janvier, renchérit la présidente de la Banque Edmond de Rotschild, Ariane de Rotschild.

Et son groupe dispose de plusieurs entités en Europe pour contourner les restrictions à l'accès au marché. 'Cela fonctionne mais c'est extrêmement lourd économiquement'.

Selon l'associé chez Bordier, Grégoire Bordier, les banques suisses peuvent s'attendre à attirer davantage de fonds 'à court terme' en raison de l'incertitude dans l'UE. D'autant plus que 'les gens n'ont plus confiance dans leurs dirigeants' dans l'UE, estime l'ancien membre du directoire de la Banque centrale européenne (BCE) Otmar Issing.

1700 milliards de francs

Mais cette attractivité suisse liée au Brexit ne durera pas, ajoute M. Bordier. Pour autant, tous les acteurs estiment que la Suisse devrait conserver dans les prochaines années sa place de numéro un en termes de gestion de fortune. 'Avec ou sans accord' avec l'UE, ajoute M. de Watteville.

Mais les banques doivent pouvoir 'continuer à proposer sans restrictions' leurs prestations à l'étranger, selon le président de l'Association de Banques privées suisses (ABPS) Yves Mirabaud. Le vote contre l'immigration de masse a 'rendu incertaines les conditions pour la pratique de notre métier en Suisse même'.

Les banquiers doivent resserrer les liens avec le monde politique. Mais la Suisse doit en retour améliorer la promotion de sa place financière à l'étranger, estime le président de l'Association de Banques suisses de gestion (ABG) et patron de Julius Baer Boris Collardi.

Cette première Journée de la banque privée était organisée par l'ABPS et l'ABG. La prochaine aura lieu en mai 2017 à Zurich. A elles deux, les deux associations totalisent 37 banques qui emploient 23'000 collaborateurs et gèrent 1700 milliards de francs.

/ATS
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