La filière laitière suisse traverse une crise majeure, avec des prix en chute libre et un excédent de production qui pèse sur le marché. Dans le Jura bernois, la situation est particulièrement tendue. Roger Grossniklaus, producteur de lait à Eschert et membre du comité de la Chambre d’agriculture du Jura bernois, détaille les impacts sur son exploitation dans La Matinale ce mercredi. « Pour une exploitation moyenne comme la mienne, les pertes sur novembre et décembre 2025 se situent entre 800 et 1’000 francs. Et pour le reste du mois, ce sera plutôt entre 1’500 et 2’000 francs », explique-t-il. En effet, le prix du lait a fortement chuté : « On est passé d’un prix de 70 centimes le kilo à environ 50 centimes pour février. » Une baisse qui met de nombreuses exploitations sous pression.
Les organisations agricoles recommandent une réduction des volumes, parfois accompagnée d’abattages de vaches. « Sur mon exploitation, on donne plus de lait aux veaux, on tarit certaines vaches plus rapidement, et j’ai aussi abattu plus de vaches qu’à l’accoutumée », ajoute le producteur.
Plusieurs facteurs expliquent cette surabondance de lait. Des conditions météorologiques favorables en 2025 ont permis une production de fourrage exceptionnelle et donc plus de lait. La maladie de la langue bleue, survenue en 2024, a également perturbé le cheptel, décalant les naissances et augmentant la production en fin d’année. À cela s’ajoutent les importations : « On importe beaucoup trop de produits laitiers, alors que nous avons tout ce qu’il faut en Suisse », dénonce Roger Grossniklaus. Il pointe aussi les limites des usines de transformation : certaines ont fermé, d’autres tournent à moitié de leur capacité, ce qui empêche la valorisation de gros volumes de lait, selon l’agriculteur.
Quelles solutions pour la filière ?
Les producteurs attendent des actions concrètes de la part des distributeurs et des autorités. « Il faut remettre les prix à un niveau convenable et mettre en avant nos produits suisses, y compris par des promotions », souligne Roger Grossniklaus. Du côté politique, l’arrêt ou la limitation de certaines importations est attendu pour soutenir la production locale. Enfin, les consommateurs ont aussi un rôle à jouer : « Achetez des produits laitiers suisses, regardez ce que vous achetez et privilégiez nos produits. »
Pour le moment, la filière suisse doit composer avec un excédent historique de lait et des prix bas, une situation qui pourrait remettre en question l’avenir de certaines exploitations si aucune régulation ou solidarité ne se met en place. Malgré la gravité de la situation, certains producteurs gardent un certain optimisme. « Ce n’est pas la première crise laitière que nous vivons. J’espère qu’au plus vite, la situation s’arrangera », conclut Roger Grossniklaus. /ddc




