Entre crainte de perdre une identité locale forte et l’espoir d’une administration modernisée, Thierry Boillat et Pierre-Luc Rudin confrontent leurs visions de l’avenir de Reconvilier, Loveresse et Saules.
À quelques jours de la votation du 30 novembre, les habitants de Reconvilier, Loveresse et Saules devront dire s’ils souhaitent unir leurs forces pour créer Clairval, une nouvelle entité de près de 3’000 habitants. Sur La Matinale RJB ce mercredi, deux voix s’affrontaient : Pierre-Luc Rudin, ancien maire de Saules et partisan du projet, et Thierry Boillat, habitant de Loveresse et membre du mouvement « Loveresse existe », opposé à la fusion.
Distinguer identité et administration
Pour ce dernier, le risque est clairement la disparition d’une proximité précieuse. « À Loveresse, on vit dans un petit village très dynamique, avec une vie associative forte. Les gens viennent chez nous pour vivre cet esprit villageois, pas pour entrer dans un grand centre où tout est dilué », plaide-t-il. Il redoute également un éloignement du centre décisionnel : « Actuellement, on décide entre nous de ce qui compte pour notre communauté. Déplacer ce centre à Reconvilier, c’est perdre cela ».
Pour le partisan du projet, Pierre-Luc Rudin, la fusion ne touche pas à l’essentiel, à savoir les gens, les traditions ou les sociétés locales. « L’identité n’est pas une structure administrative. Loveresse restera Loveresse, Saules restera Saules. Rien ne change dans ce qui fait un village ». Selon lui, la fusion offrirait surtout une administration plus professionnelle et plus efficace. « Aujourd’hui, la proximité, c’est parfois attendre longtemps faute de ressources. Avec une administration renforcée, on gagnera en efficacité ». Et politiquement, la fusion renforcerait la voix des trois communes. « Trois petites voix, ça ne pèse pas lourd. Une seule commune, c’est une vraie force face au canton », ajoute Pierre-Luc Rudin.
Un impact financier
Pour les partisans comme pour les opposants à Clairval, la question administrative et financière est centrale. Pierre-Luc Rudin estime que maintenir trois administrations pour environ 2’800 habitants, c’est « du bricolage ». « Trois logiciels, trois assurances, trois systèmes… On n’est pas loin du luxe administratif. Fusionner, c’est arrêter de payer trois fois la même chose », estime-t-il.
Thierry Boillat n’y croit pas : « On promet pourtant de garder tout le personnel. Où est l’économie ? Elle viendra en supprimant des postes, en envoyant des gens au chômage. C’est ça, la vie sociale ? ». Il conteste également l’argument du poids politique : « Une commune de 2’800 habitants n’aura pas plus d’influence que trois communes qui travaillent ensemble, comme on le fait depuis longtemps ».
L’école de Loveresse : un faux débat ?
Les opposants au projet craignent une fermeture future de l’école. Pierre-Luc Rudin dément : « Personne ne parle de fermer l’école de Loveresse. Avec 34 élèves, elle a toute sa raison d’être. Le vrai risque, c’est la démographie, pas la fusion, argue-t-il. À trois communes, on absorbe mieux les variations ».
Pour Thierry Boillat, le système actuel fonctionne très bien : « Avec de petites classes multi-âges, les enseignants peuvent s’occuper davantage de chaque élève. J’espère que ça ne changera pas ».
Perspectives divergentes
L’un des points les plus sensibles est la future quotité d’impôt alignée sur celle de Reconvilier à 1.97, contre 1.94 à Loveresse et Saules. Pour Pierre-Luc Rudin, cette hausse est inévitable mais raisonnable :
« Tout nouvel objet coûte quelque chose. Et sans fusion, Loveresse sera en découvert de bilan en 2029 ».
Thierry Boillat rétorque : « C’est une aberration. Les projections parlent même d’une hausse possible à 2.04, voire 2.12 dans dix ans. Et malgré la fusion, on n’aura pas la masse critique pour engager des spécialistes, comme des juristes, des urbanistes ou des architectes ». Son regret : un projet jugé trop restreint. « Une fusion à l’échelle de la vallée Tavannes, en incluant Court, oui. Mais à trois, ce n’est pas suffisant », conclut-il.
La votation du 30 novembre décidera si Saules, Loveresse et Reconvilier s’uniront pour former Clairval dès 2026. /ddc




