Démission du patron des armées françaises, en conflit ouvert avec Macron

Le chef d'état-major des armées françaises, Pierre de Villiers a démissionné mercredi, une ...
Démission du patron des armées françaises, en conflit ouvert avec Macron

Démission du patron des armées françaises, en conflit ouvert avec Macron

Photo: Keystone

Le chef d'état-major des armées françaises, Pierre de Villiers a démissionné mercredi, une décision inédite marquant la première crise au sommet de l'État. Il avait critiqué les coupes budgétaires dans la défense avant d'être durement recadré par le président Macron.

'Dans les circonstances actuelles, je considère ne plus être en mesure d'assurer la pérennité du modèle d'armée auquel je crois pour garantir la protection de la France et des Français', a écrit le général de Villiers. Il a annoncé son départ dans un communiqué.

Le nom de son successeur, le général François Lecointre, a été rendu public après le Conseil des ministres par le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner. Il était jusqu'à présent conseiller militaire du Premier ministre. Il s'agit, selon Emmanuel Macron, cité par M. Castaner, d''un héros, reconnu comme tel dans l'armée'.

Rappels à l'ordre

M. Macron, par la voix du porte-parole du gouvernement, a salué en Pierre de Villiers un 'grand militaire'. Toutefois, sa démission, un fait sans précédent sous la Ve République, intervient alors que le président a multiplié ces derniers jours les rappels à l'ordre sévères à son égard.

A l'origine de la colère présidentielle, les critiques formulées par le général sur les 850 millions d'euros d'économies réclamés cette année aux armées, dans un contexte de restrictions budgétaires générales. Une baisse de 4,5 milliards d'euros des dépenses de l'État est prévue en 2017.

Le président a sèchement recadré le général de Villiers la veille du défilé militaire du 14 juillet devant un parterre militaire interloqué. Il a reproché à son chef d'état-major, sans le nommer, d'avoir mis de façon 'indigne' une polémique budgétaire 'sur la place publique'.

Il a enfoncé le clou dimanche. 'Si quelque chose oppose le chef d'état-major des armées au président de la République, le chef d'état-major des armées change', a-t-il asséné dans une interview. Mercredi, M. Macron a une nouvelle fois justifié les mesures d'économie imposées à l'armée. Il a assuré que le budget retenu 'permet de protéger le pays'.

Langage fleuri

Personnalité intègre et rugueuse, apprécié de ses hommes, Pierre de Villiers, 60 ans, s'était exprimé dans un langage fleuri quelques jours auparavant, à huis clos, devant des députés à l'Assemblée nationale. Il avait assuré qu'il n'allait pas se 'laisser baiser' et que la situation des armées françaises n'était 'pas tenable'.

En poste depuis 2014, il se plaignait régulièrement de l'insuffisance des moyens alloués. La France est engagée sur plusieurs fronts contre le djihadisme et la menace terroriste, du Sahel (opération Barkhane, 4000 hommes) au Moyen-Orient (mission Chammal, 1200) en passant par le territoire national (opération Sentinelle, 7000).

Jusqu'à présent pourtant, les relations entre les militaires et le nouveau président étaient au beau fixe. M. Macron a multiplié les signaux favorables en leur direction: visite à des blessés de guerre le jour de son investiture, déplacement sur la base militaire française de Gao, au Mali,....

Au-delà des symboles, le chef de l'État, qui est aussi chef des armées de par la Constitution, s'est engagé à consacrer 2% du PIB à l'effort de défense d'ici à 2025.

/ATS