Arménie: plus de 20'000 personnes dans les rues d'Erevan

Plus de 20'000 personnes se sont rassemblées mardi à Erevan à l'appel de l'opposant arménien ...
Arménie: plus de 20'000 personnes dans les rues d'Erevan

Pachinian échoue à être élu Premier ministre par le Parlement

Photo: KEYSTONE/AP/SERGEI GRITS

L'opposant Nikol Pachinian, seul candidat au poste de Premier ministre, a vu mardi sa candidature rejetée par le Parlement, le parti au pouvoir ayant voté contre lui. Cela devrait aggraver la crise qui agite l'Arménie depuis deux semaines.

Sur les 100 députés ayant voté, 55 se sont exprimés contre et 45 pour la candidature du chef de la contestation antigouvernementale.

Sentant le vent tourner, M. Pachinian, un ancien journaliste de 42 ans, a appelé les Arméniens à ne pas quitter la place de la République, au centre d'Erevan, où étaient rassemblés plusieurs dizaines de milliers de ses partisans qui ont suivi les débats du Parlement sur des écrans géants. 'J'appelle tout le monde à descendre dans la rue car ils veulent une nouvelle fois voler la victoire du peuple', a-t-il lancé quelques heures avant le vote, promettant un 'tsunami politique' si le parti au pouvoir s'opposait à son élection.

Il a appelé au 'blocage total' des routes, trains et aéroports dans le pays. 'Demain à partir de 08h15 (06h15 en Suisse), toutes les autoroutes seront bloquées, un blocage total est annoncé, les aéroports et les chemins de fer seront bloqués', a-t-il lancé devant des dizaines de milliers de partisans réunis au centre d'Erevan, les appelant à 'la désobéissance civile'.

Manque de cohérence

Le Parti républicain dispose de la majorité au Parlement où les députés étaient réunis en session extraordinaire depuis 10h00 pour élire un nouveau Premier ministre. Avant le vote, plusieurs députés du Parti républicain ont dénoncé le manque de cohérence du programme politique de l'opposant.

'Monsieur Pachinian, je ne vous vois pas au poste de Premier ministre, je ne vous vois pas comme commandant en chef', a martelé Edouard Charmazanov, porte-parole du Parti républicain et vice-président du Parlement. 'Nous devons choisir une personne qui n'est pas imprévisible (...) On ne peut pas être un peu socialiste et un peu libéral', a-t-il déclaré.

L'opposant, qui avait besoin de 53 voix pour être élu, a subi la défection de deux députés au sein des trois groupes parlementaires qui le soutenaient et devaient lui assurer 47 voix.

'Pas un nouveau venu'

Souvent habillé en treillis, connu pour son franc-parler, Nikol Pachinian a été dès les premiers jours le chef de la fronde contre le gouvernement. Dès l'annonce de sa candidature au poste de Premier ministre, il a multiplié les démonstrations de force, en réunissant dimanche et lundi soirs ses partisans sur une place de la République noire de monde. L'homme n'est 'pas un nouveau venu dans la politique arménienne', a-t-il rappelé lundi dans des déclarations à l'AFP.

Beaucoup d'Arméniens ont en mémoire la mort de 10 manifestants en 2008 dans des affrontements entre ses partisans et la police, alors que Serge Sarkissian venait de remporter son premier mandat présidentiel. M. Pachinian faisait alors déjà partie des meneurs de la contestation et il était passé dans la clandestinité pendant plusieurs mois avant de se rendre. Incarcéré, il avait été libéré en 2011, bénéficiant d'une amnistie.

Attitude neutre de la Russie

Président de l'Arménie de 2008 à 2018, Serge Sarkissian, 63 ans, et son Parti républicain sont critiqués par les partisans de M. Pachinian pour n'avoir pas su faire reculer la pauvreté et la corruption, et avoir laissé aux oligarques le contrôle de l'économie de ce pays de 2,9 millions d'habitants.

La Russie, qui voit d'un très mauvais oeil toute contestation populaire susceptible d'amener au pouvoir dans une république d'ex-URSS des dirigeants hostiles au Kremlin, comme cela a été le cas en Géorgie et en Ukraine, a adopté une attitude neutre face à la crise en Arménie.

Après avoir souligné pendant plusieurs jours qu'il s'agissait d'une affaire intérieure arménienne, la Russie a semblé vouloir jouer les médiateurs: Vladimir Poutine a appelé le Premier ministre par intérim Karen Karapetian et plusieurs contacts ont eu lieu entre les autorités russes, des représentants du pouvoir arménien et Nikol Pachinian.

/ATS
 

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