Au moins 22 manifestants tués, 180 blessés dans une ville du Sud de l'Irak

Au moins 22 manifestants ont été tués jeudi, selon des médecins, à Nassiriya, ville du sud ...
Au moins 22 manifestants tués, 180 blessés dans une ville du Sud de l'Irak

Le sud de l'Irak à feu et à sang, 37 manifestants tués

Photo: KEYSTONE/AP/KHALID MOHAMMED

L'Irak a vécu jeudi l'une de ses journées les plus sanglantes en deux mois de contestation contre le pouvoir. Elle s'est achevée par la mort de 37 manifestants dans la répression , principalement dans le Sud, où des bâtiments officiels ont été attaqués.

Depuis le début du mouvement de contestation qui réclame le renouvellement du système et de la classe dirigeante jugée corrompue, plus de 390 personnes en grande majorité des manifestants ont été tuées et quelque 15'000 blessées selon un bilan de sources médicales et policières compilé par l'AFP.

Dès les premières heures de jeudi, la violence s'est déchaînée à Nassiriya où officiellement 25 manifestants ont été tués en quelques heures sous les tirs nourris des forces de l'ordre dirigées par un commandant militaire dépêché par Bagdad avant d'être rappelé dans le chaos.

Le gouverneur démissionne

Le gouverneur lui-même, qui a plaidé toute la journée pour que soit limogé ce haut gradé, a jeté l'éponge en démissionnant tard jeudi. Dès mercredi soir, le mouvement qui conspue le pouvoir et son parrain iranien avait franchi un nouveau palier avec l'incendie du consulat iranien dans la ville sainte chiite de Najaf.

A Nassiriya, dont est originaire le Premier ministre Adel Abdel Mahdi, les médecins disent être débordés par plus de 250 blessés, quasiment tous touchés par balles. Ils affirment avoir mené plus de 80 opérations chirurgicales lourdes, dans des hôpitaux bondés où les blessés doivent attendre pour être pris en charge.

Mais malgré 'l'usage excessif de la force' dénoncé par la Commission gouvernementale irakienne des droits humains, les manifestants à Nassiriya ne se replient pas.

Ils ont incendié un QG de la police et encerclé le commandement militaire de la province où se trouvent les ruines de la ville antique d'Ur. Ils ont aussi formé par milliers un cortège funéraire aux 'martyrs' dans le centre-ville, bravant le couvre-feu que les autorités voulaient imposer.

'Scènes de guerre'

'Nous resterons jusqu'à la chute du régime', ont-ils crié, alors que des dizaines de combattants tribaux en armes se sont déployés sur l'autoroute venant de Bagdad, déterminés ont-ils dit, à empêcher l'arrivée de renforts.

Evoquant des 'scènes de guerre' à Nassiriya, Amnesty International a appelé la communauté internationale à intervenir car 'le bain de sang doit cesser'.

Plus au nord, à Najaf, des affrontements opposent dans la nuit des manifestants et des hommes armés habillés en civil qui tirent sur eux, selon un correspondant de l'AFP. Mercredi soir, aux cris de 'Iran dehors' et 'victoire à l'Irak', des centaines de protestataires avaient incendié le consulat iranien dans cette même ville.

Bagdad a dénoncé des personnes 'étrangères aux manifestations' et Téhéran a réclamé 'une action décisive'. Dix manifestants ont été fauchés par des balles à Najaf, selon des médecins, alors que la commission gouvernementale des droits humains a fait état de deux autres protestataires tués à Bagdad.

A Kerbala, l'autre ville sainte chiite au sud de la capitale irakienne, des affrontements ont opposé des manifestants aux forces de l'ordre dont 19 membres ont été blessés en soirée par un tir de grenade, selon une source de sécurité.

Sermon attendu

Alors que les violences se déroulent désormais aux portes des lieux saints chiites et enflamment le sud tribal, le grand ayatollah Ali Sistani, qui réside à Najaf, doit prononcer vendredi son sermon hebdomadaire.

Cette figure tutélaire de la politique irakienne soutient les revendications des manifestants mais n'a pas jusqu'ici retiré sa confiance au gouvernement, qu'elle a appelé à de multiples reprises à la 'retenue'. Les violences de jeudi pourraient changer la donne.

Pour les manifestants, le système politique conçu par les Américains qui ont renversé Saddam Hussein en 2003 est à bout de souffle dans un des pays les plus riches en pétrole du monde mais aussi l'un des plus corrompus.

Mainmise de l'Iran

Et surtout, le pouvoir est sous la mainmise de l'Iran, qui a pris l'avantage face aux Etats-Unis, et de son puissant émissaire, le général Qassem Soleimani. Ce dernier est parvenu à réunir les partis irakiens pour resserrer les rangs autour de M. Abdel Mahdi, un temps sur la sellette.

Revenant à la charge, le turbulent leader chiite irakien Moqtada Sadr a prévenu que si le gouvernement ne démissionnait pas, 'ce serait le début de la fin de l'Irak'.

Ailleurs dans le Sud, comme depuis des semaines maintenant, les écoles sont fermées, de même que de nombreuses administrations. Et les routes sont coupées par des manifestants qui tentent de toucher le gouvernement à son talon d'Achille, l'or noir.

/ATS
 

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