Birmanie: les manifestations continuent après un week-end sanglant

Des manifestants pro démocratie sont sortis dans les rues lundi en Birmanie malgré la répression ...
Birmanie: les manifestations continuent après un week-end sanglant

Birmanie: les manifestations continuent après un week-end sanglant

Photo: KEYSTONE/AP

Des manifestants pro démocratie sont sortis dans les rues lundi en Birmanie malgré la répression meurtrière du week-end. Fermement condamnée par la communauté internationale, celle-ci a fait plus de cent morts samedi, journée la plus sanglante depuis le coup d'Etat.

L'armée, qui a renversé le 1er février la cheffe du gouvernement civil Aung San Suu Kyi, réprime dans le sang les manifestations quotidiennes réclamant le retour de la démocratie et la libération des anciens dirigeants.

L'ONU a estimé à 107, dont sept enfants, le nombre de morts samedi lors des protestations massives organisées contre la junte qui paradait à la traditionnelle 'journée des forces armées', mais s'attend à ce que ce bilan augmente encore. Les médias locaux font état de 114 morts.

La chaîne Myawaddy TV, gérée par l'armée, a fait état de 45 morts samedi, justifiant la répression en affirmant que les manifestants avaient fait usage d'armes à feu et de bombes contre les forces de sécurité.

Plus de 450 morts depuis le putsch

Au moins 459 personnes ont été tuées depuis le putsch, avec encore 13 morts dimanche, selon le dernier bilan en date de l'Association pour l'assistance aux prisonniers politiques (AAPP), une ONG locale qui recense les victimes de la répression.

Lundi, des manifestants sont malgré tout sortis dès l'aube dans tout le pays. Des centaines de personnes ont ainsi manifesté à Plate, dans la région de Mandalay (centre), avec des banderoles assurant: 'le peuple ne sera jamais vaincu'.

Deux journalistes ont été interpellés à Myitkyina, capitale de l'Etat Kachin. Au total, 55 journalistes ont été arrêtés depuis le putsch et 25 restent détenus, selon une organisation locale.

Les funérailles des victimes de la répression du week-end se poursuivaient. Dans la région de Sagaing (centre), des centaines de personnes ont rendu hommage à Thinzar Hein, une étudiante infirmière de 20 ans tuée par balle en venant aider des secouristes à soigner des manifestants blessés.

Indignation à l'étranger

La Chine a appelé lundi toutes les parties à la retenue, après un concert de condamnations indignées de la communauté internationale face au bain de sang commis ce week-end. 'Les victimes sont les Birmans'.

'La violence et les heurts sanglants ne répondent aux intérêts d'aucune des parties', a déclaré le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Zhao Lijian. A l'instar de Pékin, le Kremlin a également affirmé se soucier des victimes civiles, s'inquiétant de leur nombre croissant.

'C'est terrible', avait déclaré dimanche de son côté le président américain Joe Biden, dénonçant des morts gratuites. L'UE a elle condamné 'une escalade de la violence inacceptable' et 'une voie insensée' choisie par la junte.

'Les actions honteuses, lâches et brutales de l'armée et de la police - filmées en train de tirer sur des manifestants alors qu'ils fuyaient et qui n'ont même pas épargné les jeunes enfants - doivent être immédiatement stoppées', selon une déclaration commune dimanche de deux hautes responsables de l'ONU, Michelle Bachelet et Alice Wairimu Nderitu.

Condamnations sans effet

Un communiqué conjoint inhabituel des chefs des forces de défense de 12 pays dont les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, le Japon et l'Allemagne avait dénoncé dans la nuit de samedi à dimanche l'utilisation de la force par l'armée birmane contre des civils 'non armés'.

Condamnations et sanctions internationales ne semblent toutefois guère influencer la junte. Son chef, le général Min Aung Hlaing, a averti samedi que les actes de 'terrorisme qui peuvent nuire à la tranquillité et à la sécurité de l'Etat sont inacceptables'. Il a de nouveau justifié le putsch, en invoquant des fraudes aux élections de novembre remportées par le parti d'Aung San Suu Kyi, et promis des élections.

Bombardements dans l'Etat Karen

Le ministère britannique des Affaires étrangères a conseillé lundi à ses ressortissants en Birmanie de partir le plus tôt possible. La veille, l'ambassade américaine à Rangoun avait demandé à ses citoyens de limiter leurs mouvements.

Dans l'Etat Karen (Sud-Est), l'Union nationale karen (KNU), l'un des principaux mouvements de rébellion des minorités ethniques du pays, a été visée par des frappes aériennes durant le week-end, les premières depuis vingt ans.

Les raids ont fait quatre morts et neuf blessés, selon Hsa Moo, de l'ethnie Karen et militante des droits humains. Quelque 3000 personnes ont fui dimanche soir de nouvelles frappes en traversant la frontière thaïlandaise.

Le Premier ministre thaïlandais Prayut Chan-o-Cha a déclaré lundi à Bangkok que l'armée se préparait à de nouvelles arrivées.

/ATS
 

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