Destitution de Trump: un proche du président américain le compromet

L'ambassadeur Gordon Sondland, un proche de Donald Trump, a directement impliqué mercredi le ...
Destitution de Trump: un proche du président américain le compromet

Destitution de Trump: un diplomate dit avoir suivi les ordres

Photo: Keystone/AP/Alex Brandon

Le diplomate Gordon Sondland, un proche de Donald Trump, a directement impliqué mercredi le président américain dans les demandes controversées faites à l'Ukraine, qui lui valent une procédure de destitution. 'Nous avons suivi les ordres du président', a-t-il dit.

Les démocrates ont estimé que l'audition publique au Congrès de l'ambassadeur des États-Unis auprès de l'Union européenne était à ce jour la plus accablante dans leur enquête pour mettre en accusation le locataire de la Maison Blanche.

Gordon Sondland a en effet déclaré que le milliardaire républicain avait bien conditionné une rencontre avec son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky au lancement, par Kiev, d'enquêtes contre les démocrates américains. Et il a assuré avoir acquis la conviction qu'une aide militaire cruciale à l'Ukraine dépendait également de ces enquêtes.

Mais les républicains n'ont retenu qu'un bref passage de ce témoignage très attendu: quand Gordon Sondland a reconnu que Donald Trump ne lui avait 'jamais' dit personnellement que l'aide était liée aux investigations. 'C'était fantastique', a lancé le président américain, après avoir dans un premier temps tenté de minimiser sa proximité avec l'ambassadeur. 'Je pense qu'ils doivent mettre fin maintenant' à cette 'chasse aux sorcières', a-t-il martelé.

La Maison Blanche a même estimé que Gordon Sondland avait 'complètement blanchi le président Trump'.

Travailler avec son avocat personnel

En réalité, cet homme d'affaires nommé ambassadeur après avoir financé la campagne Trump, devenu un acteur central de l'affaire ukrainienne, a clairement expliqué que le 45e président des Etats-Unis était à l'origine des pressions sur l'Ukraine.

'Nous avons suivi les ordres du président', a dit Gordon Sondland, qui s'est entretenu directement avec lui une demi-douzaine de fois du dossier ukrainien entre fin mai et début septembre. Il a assuré que c'était à sa 'demande expresse' que les diplomates chargés du dossier ukrainien avaient accepté, malgré leurs réserves, de travailler avec son avocat personnel Rudy Giuliani.

Or, l'avocat a d'emblée fait pression pour que Kiev enquête sur les démocrates américains et sur le groupe gazier Burisma, qui avait alors, dans son conseil d'administration, Hunter Biden, fils de Joe Biden, bien placé pour affronter Donald Trump à la présidentielle de 2020. Des demandes ensuite formulées par le président dans son coup de fil controversé du 25 juillet avec son homologue ukrainien.

'Donnant-donnant'

L'opposition tente de prouver que l'ex-magnat de l'immobilier a abusé de son pouvoir pour exercer un chantage sur l'Ukraine en conditionnant une invitation au président Zelensky et l'aide militaire au lancement de ces enquêtes, avec des arrières-pensées électoralistes.

'Y a-t-il eu un 'donnant-donnant'?', a demandé Gordon Sondland devant des élus de la Chambre des représentants. S'agissant d'une rencontre Trump-Zelensky à la Maison Blanche, 'la réponse est oui', a-t-il affirmé sans détours.

S'agissant d'une importante aide militaire suspendue par la présidence contre l'avis unanime de tous les diplomates, l'ambassadeur a aussi reconnu avoir dit à des responsables ukrainiens que son dégel était conditionné à l'ouverture de ces enquêtes chères à Donald Trump.

'Convaincu' d'un lien

'En l'absence d'explication crédible pour sa suspension, je suis parvenu à la conclusion que la reprise de l'aide sécuritaire n'interviendrait pas tant qu'il n'y aurait pas une déclaration publique de l'Ukraine s'engageant à mener les enquêtes', a-t-il témoigné. Il s'agissait d'une 'déduction' partant du principe 'que 2+2=4'.

Pressé par les élus des deux bords, il a maintenu que le président Trump ne lui avait 'jamais dit directement que l'aide était conditionnée' aux enquêtes. Mais ses multiples conversations avec le locataire de la Maison-Blanche ne lui ont pas non plus fait changer d'avis. 'J'étais absolument convaincu' d'un tel lien, a-t-il martelé, estimant que cette condition était 'largement claire pour tout le monde'.

Il a également mouillé le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo et le vice-président Mike Pence. Affirmant avoir évoqué avec eux sa 'déduction logique' d'un lien entre aide et enquêtes, il n'a pas fait état de démarches de leur part pour l'en dissuader.

Les équipes des deux hommes ont aussitôt démenti et affirmé que ceux-ci n'avaient jamais abordé le sujet avec Gordon Sondland.

L'Ukraine était au courant du gel

Dans un autre témoignage dans la soirée, une responsable du Pentagone, Laura Cooper, a dévoilé pour la première fois que l'Ukraine s'était inquiétée du sort de l'aide militaire gelée dès le 25 juillet, jour de l'appel Trump-Zelensky. Jusqu'ici le camp du président avait fait valoir que l'Ukraine n'était pas au courant de ce gel lors du coup de fil mais l'avait appris en août.

La Chambre des représentants doit interroger jeudi en public Fiona Hill, une ex-responsable du Conseil de sécurité nationale de la Maison Blanche, et David Holmes, un employé de l'ambassade des Etats-Unis à Kiev.

Si les démocrates, qui contrôlent la Chambre des représentants, devraient parvenir à mettre en accusation le président, le dernier mot reviendra ensuite au Sénat, à majorité républicaine, rendant pour l'heure très improbable une destitution. Le camp républicain, qui fait bloc derrière le président et n'hésite pas à attaquer la crédibilité des témoins, semblait partagé sur la stratégie à adopter face à cette audition embarrassante.

/ATS
 

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