L'UE s'accorde pour débloquer le plan de relance

Les dirigeants de l'UE, réunis en sommet, ont adopté un compromis sur l'Etat de droit. Il permet ...
L'UE s'accorde pour débloquer le plan de relance

Les Vingt-Sept relèvent leurs ambitions climatiques

Photo: KEYSTONE/AP/Johanna Geron

Les Vingt-Sept se sont mis d'accord vendredi pour relever leur objectif de réduction de gaz à effet de serre d'ici 2030. Ils ont également décidé de sanctions contre la Turquie et sauvé leur plan de relance massif post-Covid la veille.

A quelques jours du cinquième anniversaire de l'Accord de Paris, les Européens ont donné leur feu vert à une baisse des émissions du continent d''au moins 55%' d'ici 2030 par rapport au niveau de 1990, contre un objectif de 40% actuellement. Le but: arriver à la neutralité carbone en 2050.

'Une proposition ambitieuse pour un nouvel objectif climatique', s'est félicitée sur Twitter la présidente de la Commission Ursula von der Leyen. 'Dix ans, c'est demain. Alors, mettons tout en oeuvre pour réussir, maintenant, tous ensemble. Car il n'y a pas de plan B', a réagi le président français Emmanuel Macron.

Les modalités et la répartition des efforts ont été au coeur des négociations. La Pologne, très dépendante du charbon, redoute les lourdes conséquences économiques de ce verdissement et exigeait des garanties sur les aides financières qu'elle obtiendrait.

Experts et organisations de défense de l'environnement se montrent très critiques. Une baisse d'au moins 65% serait nécessaire pour respecter l'Accord de Paris, selon les dernières données scientifiques, rappellent les organisations WWF et Greenpeace, ainsi que la coordination Climate Action Network (CAN).

Sanctions individuelles contre la Turquie

L'UE a aussi décidé de nouvelles sanctions contre la Turquie. 'Nous avons décidé des sanctions individuelles' contre des personnes impliquées dans les activités de recherche et les forages dans les eaux de Chypre et 'elles seront mise en oeuvre dans les prochaines semaines', a annoncé Emmanuel Macron à la fin de la réunion vendredi.

Une liste de noms sera établie et des mesures supplémentaires (ajout de nouveaux noms, d'entreprises) pourront être décidées en mars lors d'un nouveau point d'étape, si la Turquie poursuit ses actions.

Le président français s'est félicité de la démonstration par l'Union de 'sa capacité à faire preuve de fermeté'. 'Le compromis est équilibré', a jugé la chancelière Angela Merkel. 'Nous espérons que le message (adressé à Ankara) va passer', a-t-elle ajouté. Les autorités turques ont signifié leur mécontentement et rejeté une décision jugée 'biaisée et illégitime'.

La menace de représailles avait été brandie en octobre, mais plusieurs Etats bloquaient l'adoption des sanctions. 'L'Allemagne redoute des flux migratoires, l'Italie a des liens énergétiques avec la Turquie, les pays de l'Est voient Ankara comme un allié de l'Otan important face à la Russie', expliquait un diplomate européen.

'L'idée est de serrer la vis progressivement', a expliqué un diplomate européen. Les Européens veulent également ménager l'Otan. Ils ont décidé une approche graduelle jusqu'à la prise de fonction du président Joe Biden et veulent une 'coordination avec les Etats-Unis sur les sujets impliquant la Turquie'.

Erdogan tente de calmer le jeu

'Nous rejetons cette attitude biaisée et illégitime figurant dans les conclusions du sommet de l'UE', a réagi le ministère turc des Affaires étrangères dans un communiqué.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a, lui, minimisé les sanctions et s'est voulu apaisant. Il a affirmé à Istanbul que la Turquie 'n'a jamais entrepris et n'entreprendra jamais une quelconque action susceptible de porter atteinte à l'esprit' des 'profondes relations politiques et économiques' que son pays entretient à la fois avec les Etats-Unis et avec l'UE.

'Nous croyons qu'il n'existe aucun problème qui ne saurait être résolu à travers le dialogue et la coopération', a-t-il ajouté. Cette volonté apparente de M. Erdogan de calmer le jeu semble destinée à préserver l'économie turque.

Plan de relance sauvé

Les dirigeants européens sont enfin parvenus jeudi soir à trouver un accord permettant à l'Europe d'emprunter solidairement pour relancer son économie. L'accord ne sacrifie pas le nouveau mécanisme conditionnant l'octroi de ses fonds au respect de l'Etat de droit (justice indépendante, politique anticorruption...).

Hostiles à ce dispositif et accusées régulièrement de saper les valeurs démocratiques, la Hongrie et la Pologne bloquaient le budget européen pour la période 2021-2027 (1074 milliards) et le plan de relance (750 milliards d'euros).

Pour vaincre leurs réticences, la présidence allemande de l'UE a proposé que le mécanisme soit assorti d'une déclaration 'explicative', précisant notamment la possibilité de saisir la Cour de justice européenne pour examiner sa légalité avant qu'il n'entre en application, quitte à la retarder.

Un tel recours prend 18-19 mois en moyenne, selon la Cour... soit jusqu'aux prochaines élections en Hongrie. Mais une fois validé, le dispositif s'appliquera rétrospectivement à partir de janvier 2021. La déclaration a été approuvée jeudi par les Vingt-Sept.

Les premiers versements du fonds de relance pourraient intervenir d'ici la fin du premier trimestre 2021, selon l'Elysée.

/ATS