Marathon diplomatique des Occidentaux à Bruxelles

Les chefs d'Etat et de gouvernement occidentaux étaient engagés jeudi dans un marathon de réunions ...
Marathon diplomatique des Occidentaux à Bruxelles

Photo: KEYSTONE/EPA/STEPHANIE LECOCQ

Joe Biden a promis jeudi pour la première fois une 'réponse' de l'Otan dans le conflit en Ukraine si la Russie y recourait à l'arme chimique. Un risque jugé bien réel lors de sommets de l'alliance et du G7 réunis à Bruxelles après un mois de guerre.

Au même moment, l'assemblée générale des Nations unies votait à New York par 140 voix contre 5 et 38 abstentions une motion exigeant l'arrêt immédiat de l'offensive russe. Dans cette situation, les Occidentaux ont jugé très crédible le risque d'une attaque chimique, contre lequel le président ukrainien Volodymyr Zelensky les a mis en garde jeudi dans une intervention vidéo depuis Kiev.

'Nous répondrons s'il y a recours. La nature de la réponse dépendra de la nature de cette utilisation', a déclaré M. Biden à l'issue des sommets de l'Otan et du G7 à Bruxelles. 'L'Otan n'a jamais, jamais été plus unie (...) Poutine obtient exactement le contraire de ce qu'il voulait en envahissant l'Ukraine', a-t-il assuré, mettant en garde à nouveau la Chine contre tout soutien à Moscou qui pourrait mettre en jeu 'son avenir économique'.

Equipements de protection

Interrogé sur d'éventuelles 'lignes rouges' susceptibles de déclencher une intervention, le président français Emmanuel Macron a préféré rester 'très prudent'. Dans le cas de l'Ukraine, 'je pense que l'ambiguïté stratégique et la discrétion sont plus efficaces', a-t-il dit.

Le secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg, a indiqué à ce stade que les alliés avaient 'convenu de fournir des équipements pour aider l'Ukraine à se protéger contre les menaces chimiques, biologiques, radiologiques et nucléaires'.

Les dirigeants de l'Otan ont également approuvé la création de quatre nouveaux groupements tactiques en Roumanie, Hongrie, Bulgarie et Slovaquie et le renforcement des quatre déjà constitués en Pologne et dans les pays baltes.

Plus de 100'000 militaires américains sont actuellement présents en Europe et plus de 40'000 soldats sont sous commandement direct de l'Otan dans la partie orientale de l'Alliance. 'C'est du jamais vu', a souligné M. Stoltenberg.

Aide militaire

Dans un premier message vidéo jeudi aux dirigeants de l'Otan, le président ukrainien les avait exhortés à fournir à l'Ukraine 'une aide militaire sans restriction'.

Les Etats-Unis 'ont entamé des consultations (avec leurs alliés) pour fournir des missiles anti-navire à l'Ukraine', a indiqué une haute responsable américaine, soulignant toutefois que ce scénario présentait des 'défis techniques'.

La Suède et l'Allemagne ont annoncé pour leur part la livraison à l'Ukraine de respectivement 5000 et 2000 nouvelles armes antichar. Les forces ukrainiennes ont déjà reçu 1000 armes antichar et 500 lance-missiles sol-air de type Stinger pris dans les réserves de la Bundeswehr. La Finlande va elle aussi envoyer de l'aide militaire et des armes supplémentaires à Kiev, a annoncé sa première ministre.

Sanctions sur l'or russe

Sur le front économique, les pays du G7 et de l'UE vont sanctionner toute transaction impliquant les réserves d'or de la Russie, pour éviter que Moscou ne contourne ainsi les mesures d'isolement financières prises par les Occidentaux, a annoncé la Maison Blanche.

Washington a aussi annoncé jeudi de nouvelles sanctions financières contre la Russie, visant le monde politique, des oligarques et l'industrie de défense. Londres avait déjà annoncé une nouvelle série de sanctions visant 59 personnalités et entreprises russes et six entités biélorusses.s biélorusses. biélorusses.

Le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken avait accusé mercredi soir la Russie d'avoir 'commis des crimes de guerre en Ukraine'. 'Nous avons vu de nombreux rapports crédibles d'attaques aveugles et d'attaques visant délibérément des civils, ainsi que d'autres atrocités', a-t-il déclaré dans un communiqué.

Les pays du G7 ont eux aussi assuré jeudi qu'ils 'ne ménageraient pas leur efforts' pour que Vladimir Poutine et ses partisans 'rendent des comptes' pour l'invasion de l'Ukraine.

Bombes au phosphore

Sur le terrain, au moins cinq personnes sont mortes, dont deux enfants, dans des frappes russes dans la région de Lougansk (est), selon le gouverneur de la région, Serguiï Gaïdaï. 'L'aviation russe a commencé à larguer des bombes au phosphore sur Roubijné', a-t-il accusé.

Dans son message à l'Otan, le président ukrainien a relayé ces accusations: 'Ce matin (...) il y a eu des bombes russes au phosphore. Des adultes ont été tués et des enfants ont été tués à nouveau'.

'L'enfer' de Marioupol

Sur le terrain, le dirigeant tchétchène Ramzan Kadyrov affirmait que sa milice paramilitaire, qui combat aux côtés de l'armée russe, avait pris la mairie de la ville assiégée et bombardée de Marioupol (sud-est). Une information impossible à confirmer de source indépendante.

Cette ville portuaire sur la mer d'Azov, lourdement bombardée et où des témoins ont décrit des cadavres jonchant les rues, serait le cas échéant la première agglomération significative à être prise par la Russie, après une offensive d'un mois qui a vu l'armée russe à la peine face à la résistance acharnée des Ukrainiens, armés par l'Otan.

La municipalité de Marioupol a lancé un appel à l'aide, demandant de sauver la population 'de l'enfer'. 'De plus en plus de morts de faim. De plus en plus de gens sans nourriture. Et toutes les tentatives de lancer une grande opération humanitaire pour sauver la population de Marioupol sont bloquées par la partie russe. Parce que les occupants ne s'intéressent pas aux gens et à ce qu'ils deviennent. Seulement pour une image de propagande avec la déportation forcée vers la Russie', a-t-elle écrit sur Telegram.

Les Ukrainiens accusent en effet les Russes de 'déporter' des habitants de Marioupol vers la Russie. Le chef de la diplomatie ukrainienne Dmytro Kouleba a évoqué 6000 habitants emmenés vers des 'camps de filtration russes'.

Ces accusations étaient invérifiables dans l'immédiat, mais le ministère russe de la Défense a de son côté affirmé que '8500 habitants de Marioupol ont pu être évacués sans aucune participation de la partie ukrainienne le 23 mars', selon l'agence Interfax.

Millions d'enfants en fuite

Quelque 4,3 millions d'enfants - soit plus de la moitié de la population enfantine ukrainienne - ont dû quitter leur foyer pour fuir l'insécurité et les combats déclenchés par l'invasion de l'armée russe le 24 février, a indiqué l'Unicef jeudi.

Selon Washington, l'offensive de l'armée russe piétine cependant, notamment dans les environs de Kiev. 'Les Ukrainiens ont réussi à repousser les Russes à 55 km à l'est et au nord-est de Kiev', déclarait mercredi un haut responsable du Pentagone ayant requis l'anonymat.

La marine ukrainienne a aussi affirmé jeudi avoir détruit un navire russe de transport de troupes russes ancré dans le port de Berdiansk, près de Marioupol sur la mer d'Azov.

Russes et Ukrainiens ont par ailleurs procédé jeudi à des échanges de prisonniers, selon la vice-Première ministre ukrainienne Iryna Verechtchouk sur Facebook.

/ATS
 

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