Navalny: deux expertes onusiennes ciblent le sommet du gouvernement

De hauts responsables du gouvernement russe sont 'très probablement' associés à l'empoisonnement ...
Navalny: deux expertes onusiennes ciblent le sommet du gouvernement

Navalny: deux expertes onusiennes ciblent le sommet du gouvernement

Photo: KEYSTONE/AP/Alexander Zemlianichenko

La Russie est 'responsable' et de hauts dirigeants gouvernementaux sont 'très probablement' associés à l'empoisonnement de l'opposant Alexeï Navalny. Deux rapporteuses spéciales de l'ONU ont dévoilé lundi à Genève le résultat de quatre mois d'investigations.

'Nous pensons que l'empoisonnement de M. Navalny avec du Novichok a pu être mené délibérément pour envoyer un avertissement clair et sinistre' à tous ceux qui pourraient critiquer le gouvernement, affirment Agnès Callamard et Irene Khan.

Les deux expertes indépendantes, qui ne s'expriment pas au nom de l'ONU, ont fait part de leurs résultats dans une lettre officielle à Moscou en décembre, dévoilée lundi et restée sans réponse.

'La Russie est responsable de la tentative d'exécution arbitraire' par une nouvelle sorte de Novichok, a affirmé à la presse Mme Callamard.

Hauts dirigeants mentionnés

Si les deux expertes mentionnent de hauts dirigeants gouvernementaux, contrairement à l'affaire de Jamal Khashoggi où elle a mis en cause le prince héritier saoudien, elle ne peut être plus précise.

En raison des quelques mois d'investigations, 'nous ne nous sommes pas penchés sur la responsabilité cirminelle' de la tentative d'assassinat, dit-elle. Des Etats ont pris des sanctions contre des individus.

Ils doivent avoir des 'preuves suffisantes' pour les incriminer, insiste Mme Callamard. M. Navalny a été ciblé parce qu'il est un opposant, ajoute son homologue.

Les deux expertes, contactées en août par les proches de la victime, rappellent les tests toxicologiques menés dans plusieurs pays par l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) qui ont montré la présence de Novichok sur lui. Cette substance était peu présente dans les échantillons analysés mais 'suffisante pour tirer des enseignements', dit Mme Callamard.

Renseignement russe piégé par Navalny

Cette composante et l'expertise pour la manipuler 'ne peuvent être trouvées qu'à l'intérieur d'acteurs étatiques', selon les deux expertes. La surveillance intense sur l'opposant par le gouvernement rend aussi improbable la possibilité pour un tiers d'avoir administré cette substance 'sans que les autorités russes ne le sachent'.

Quelques mois après l'empoisonnement de l'opposant, M. Navalny avait lui-même piégé depuis l'Allemagne par téléphone un membre du renseignement intérieur russe, associé à l'action menée contre lui. Celui-ci avait avoué une responsabilité et donné plusieurs indications.

Comme des Etats avant elles, les deux rapporteuses spéciales estiment que la Russie a violé la Convention sur les armes chimiques. Elles ajoutent que ces actes peuvent équivaloir à de la torture. Elles appellent la communauté internationale à répondre à des décennies de tentatives d'assassinat d'opposants.

Même si un tiers a mené l'action, la Russie aurait malgré tout violé ses obligations de protéger l'opposant. Depuis août dernier, les deux expertes indépendantes ont demandé des investigations crédibles et rapides dont les résultats devraient être rendus publics.

Elles rejettent les démentis des autorités sur leur responsabilité et dénoncent son arrestation à son retour d'Allemagne où il avait été soigné pendant plusieurs mois.

Appel lancé pour une investigation internationale

Moscou a demandé à ce pays des données. La Russie a la juridiction sur cette affaire et peut entendre les témoignages, estime de son côté Mme Callamard.

Les deux expertes indépendantes appellent à une investigation internationale à laquelle elles sont prêtes à participer. M. Navalny a depuis été condamné à plus de deux ans de prison pour violation de son contrôle judiciaire.

Les deux expertes rappellent aux autorités qu'elles devront rendre des comptes sur tout problème auquel l'opposant devrait faire face en détention. Elles les appellent à le libérer immédiatement. Les deux rapporteuses spéciales ajoutent aussi qu'elles continueront à suivre étroitement la situation auprès de ce gouvernement russe.

/ATS
 

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