ONU: la Suisse a fait sa place en attendant celle au Conseil de sécurité

Quinze ans après son entrée, la Suisse s'est imposée aux yeux de certains comme cheffe de file ...
ONU: la Suisse a fait sa place en attendant celle au Conseil de sécurité

ONU: la Suisse a fait sa place en attendant celle au Conseil de sécurité

Photo: Keystone

Quinze ans après son entrée, la Suisse s'est imposée aux yeux de certains comme cheffe de file des petits ou moyens pays à l'ONU. Loin de faire l'unanimité, sa candidature à un siège au Conseil de sécurité en 2023-2024 promet un nouveau débat intense.

'Nous ne sommes pas petits' comme membre de l'ONU, a affirmé mardi devant la presse à Genève la cheffe de la division ONU au Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), l'ambassadrice Mirjana Spoljaric Egger. 'La Suisse dispose d'une grande crédibilité. Et elle parle avec tous les Etats', a-t-elle dit à quelques jours du 15e anniversaire de l'adhésion dimanche.

Sur la paix et la sécurité comme sur les droits de l'homme, la lutte contre la pauvreté ou le développement durable, ses objectifs 'coïncident' avec ceux de l'ONU.

'La Suisse a pris la tête d'un groupe de pression des pays de petite et moyenne taille', a renchéri à l'ats le Genevois Jean Ziegler, vice-président du Comité consultatif du Conseil des droits de l'homme de l'ONU. Notamment dans la lutte pour la réforme du droit de veto au Conseil de sécurité.

'Peu de pays membres oeuvrent aussi positivement. La Norvège, le Canada, la Nouvelle-Zélande et quelques autres', ajoute le premier ambassadeur suisse à l'ONU à New York après l'adhésion, Jenö Staehelin. Un rôle que conteste toujours M. Blocher, qui avait été l'un des principaux opposants à l'entrée de la Suisse à l'ONU.

Quelques postes d'envergure

'Les grands Etats n'ont pas besoin d'écouter la Suisse' dont la capacité de médiation serait plus crédible si elle n'était pas membre, dit le Zurichois. Dix-septième pour les contributions financières obligatoires, Berne aura obtenu des postes d'envergure, d'un secrétaire général adjoint à des conseillers spéciaux en passant par la présidence de la Commission de consolidation de la paix au Burundi.

Actuellement, parmi quelque 1000 Suisses à l'ONU, le commissaire général de l'Agence pour les réfugiés palestiniens (UNRWA) Pierre Krähenbühl, qui a rang de secrétaire général adjoint, est le plus élevé dans l'appareil. La réussite la plus significative reste l'élection de l'ancien conseiller fédéral Joseph Deiss à la présidence de l'Assemblée générale. 'C'était un signe de bonne volonté à l'égard de la Suisse', estime M. Staehelin.

Il déplore qu'aucun Suisse en dehors d'Heidi Tagliavini n'ait été nommé représentant spécial du secrétaire général de l'ONU dans un pays en conflit. 'C'est là que la médiation s'opère réellement'.

A Genève aussi, la Suisse aura été très active. Elle a porté le Conseil des droits de l'homme. Avant de garantir un prêt de 439 millions de francs pour les travaux de rénovation du Palais des Nations d'ici 2023, qui consolide la présence de l'ONU.

Blocher pour un référendum

'La Suisse a payé beaucoup plus que ce que Genève en tire comme bénéfice', rétorque M. Blocher. 'Nous devons soigner la Genève internationale face à la concurrence', estime au contraire l'ancien conseiller national bâlois Remo Gysin, coresponsable de l'initiative qui avait abouti à l'adhésion aux Nations unies.

Désormais, tous quasiment s'accordent à dire que la place dans l'ONU est acceptée par la population. M. Blocher souligne que le thème pourrait redevenir 'd'actualité' avec la candidature au Conseil de sécurité, plébiscitée mais pas par tous.

'Si le Parlement vote une loi sur le principe de cette candidature, il faudra lancer un référendum. Mais le Conseil fédéral veut décider tout seul', déplore le tribun zurichois. Selon lui, ce siège violerait la neutralité parce que la Suisse devrait voter pour ou contre des sanctions.

Une analyse que rejette l'ambassadrice. Comme policier de la sécurité mondiale, le Conseil 'prend des décisions au nom de tous les Etats membres' et qui s'appliquent à tous, dit-elle.

Défendre un Parlement de l'ONU

Selon un observateur avisé, ce siège 'serait bon pour le prestige. Mais qui connaît les membres non permanents du Conseil de sécurité?'. Une telle charge demanderait une énorme responsabilité et un travail important au sein de l'administration fédérale. Quinze postes supplémentaires dont les modalités restent à décider, selon Mme Spoljaric Egger.

De son côté, M. Staehelin est plus circonspect, pas tant sur la neutralité que sur la capacité de la Suisse à résister aux pressions de pays comme les Etats-Unis. 'L'expérience au moment de la défense de la place financière m'a montré que nous n'étions pas toujours prêts' à le faire.

M. Ziegler estime lui 'lamentable' que la Suisse ne contribue pas aux Casques bleus. Et M. Gysin préférerait qu'elle utilise ses forces pour défendre un Parlement de l'ONU qui représente les citoyens face à une organisation qui 's'affaiblit'.

/ATS
 

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