Peine de mort pour tous les Français de l'EI transférés de Syrie en Irak

Les onze Français et le Tunisien jugés depuis fin mai en Irak, après leur transfert de Syrie ...
Peine de mort pour tous les Français de l'EI transférés de Syrie en Irak

Peine de mort pour tous les Français de l'EI transférés de Syrie en Irak

Photo: KEYSTONE/AP/KHALID MOHAMMED

Les onze Français et le Tunisien jugés depuis fin mai en Irak, après leur transfert de Syrie, ont été condamnés à mort pour 'appartenance au groupe Etat islamique' (EI). Ces verdicts font débat, mais ils pourraient ouvrir la voie à d'autres cas.

Lundi, deux nouveaux étrangers ont écopé de la peine capitale, prévue par la loi irakienne pour quiconque a rejoint une organisation 'terroriste', qu'il ait ou non combattu. Avec ces derniers verdicts, onze Français et un Tunisien au total, transférés ensemble fin janvier de Syrie vers l'Irak, ont été condamnés à la mort par pendaison pour appartenance à l'EI par le tribunal antiterroriste de Karkh de Bagdad.

Ces jugements de première instance sont rendus depuis le 26 mai. Ils sont susceptibles d'appel sous 30 jours.

Refus d'un jugement en France

Ces 12 membres de l'EI étaient jugés en Irak, car les autorités kurdes de Syrie qui les détenaient ne représentent pas un Etat. Paris n'entretient par ailleurs aucune relation diplomatique avec Damas. Pour des Etats qui, comme la France, refusent de juger et donc de rapatrier leurs ressortissants liés à l'EI détenus en Irak ou par les Kurdes de Syrie, leur procès par Bagdad est une alternative.

Début avril, des sources gouvernementales irakiennes avaient d'ailleurs indiqué à l'AFP avoir proposé de juger l'ensemble des djihadistes étrangers retenus en Syrie, contre paiement de deux millions de dollars par personne, à la charge des pays d'origine.

Laurent Nuñez, secrétaire d'Etat français à l'Intérieur, a estimé dimanche que 'd'autres' Français 'pourraient être jugés' en Irak, alors qu'environ 450 Français liés à l'EI sont toujours retenus en Syrie. Il n'a cependant pas donné de chiffres précis.

'Graves lacunes' et 'torture'

Les avocats des familles de djihadistes présumés et les défenseurs des droits humains, en revanche, mettent en garde contre cette option. Ils démentent les assurances de Paris sur l''équité' des procès irakiens.

Selon Human Rights Watch (HRW), ces procédures judiciaires présentent de 'graves lacunes', un recours à la 'torture'. La France ne devrait pas 'sous-traiter la gestion' de ses ressortissants à l'Irak.

Avec des opinions publiques en Europe fortement hostiles à tout rapatriement de djihadistes, Paris se trouve face à un dilemme. Elle ne veut pas juger ses ressortissants, mais elle ne veut pas que l'Irak les condamne à mort, l'abolition de la peine capitale dans le monde étant une constante de la diplomatie française.

Paris assure donc intervenir 'au plus haut niveau' pour éviter qu'ils ne soient pendus, tout en soulignant que leurs procès se sont tenus 'dans de bonnes conditions, avec une défense présente'.

Avocats commis d'office

Les neuf Français et le Tunisien condamnés à mort depuis dimanche avaient tous été assistés par des avocats commis d'office - à l'exception de deux ayant un avocat irakien et un avocat français.

Les avocats commis d'office ne les ont pas rencontrés et n'ont consulté leur dossier que quelques minutes avant leur unique audience. A plusieurs reprises même, le juge a dû intervenir, car les questions de ces avocats allaient en fait à l'encontre de l'intérêt des accusés.

Depuis 2018, l'Irak a condamné plus de 500 étrangers de l'EI - hommes et femmes. Jusqu'ici, aucun des étrangers condamnés à mort n'a été exécuté.

/ATS
 

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