Trop de doutes sur la RIE III ont fait capoter le projet

Les doutes des citoyens ont fait échouer la réforme de l'imposition des entreprises (RIE III) ...
Trop de doutes sur la RIE III ont fait capoter le projet

Trop de doutes sur la RIE III ont fait capoter le projet

Photo: Keystone

Les doutes des citoyens ont fait échouer la réforme de l'imposition des entreprises (RIE III). Le refus du 12 février est notamment dû à la méfiance à l'égard du monde économique, selon l'enquête VOTO. Beaucoup d'électeurs étaient aussi dépassés par le sujet.

Jamais, ces 18 dernières années, les votants n'ont autant manifesté leur peine à comprendre l'objet du scrutin. Pour la RIE III, c'était le cas de trois quarts des sondés, d'après l'analyse VOTO publiée jeudi. Les personnes disposant d'un haut niveau de formation ou intéressées par la politique n'y font pas exception.

Le non à la RIE III ne s'explique guère par les caractéristiques sociales et politiques habituelles: ni le revenu ni le niveau de formation n'ont joué un rôle important. Le vote du 12 février 2017 n'est pas un 'soulèvement de la classe moyenne', soulignent les auteurs de l'enquête. Les votes de protestation n'ont pas eu de poids non plus.

Malgré une constellation classique des recommandations de vote, aucun fossé clair entre la gauche et la droite n'est apparu. Une gauche unie a fait face à un camp bourgeois divisé. La moitié des électeurs UDC et PDC ont glissé un non dans l'urne. Même chez les sympathisants du PLR, 37% ont voté contre la RIE III.

Du fil à retordre

Dépassé par la complexité de l'objet, un votant sur trois a suivi une recommandation. Les adversaires de la RIE III citent le plus souvent l'ancienne ministre des finances Eveline Widmer-Schlumpf, dont l'opinion donnée publiquement contre le projet a fait beaucoup de bruit.

Ne parvenant pas à saisir la teneur de l'objet, 26% des personnes ayant soutenu la réforme et 11% de celles l'ayant rejetée ont avant tout suivi des mots d'ordre.

Un tiers des personnes ayant voté non ont déploré un manque d'informations et préféré, dans le doute, rejeter le projet. Un autre tiers a estimé que la réforme bénéficierait uniquement aux grands groupes.

La foi envers l'économie a également joué un rôle. On ne peut certes pas parler d'une méfiance ouverte, note l'analyse. Mais ceux qui ne font pas confiance aux milieux économiques ont rejeté presque en bloc - à 92% - la réforme.

Les personnes qui n'ont pas cru les projections fiscales du Conseil fédéral ont également eu tendance à dire non. A ce propos, beaucoup de sondés ont rappelé la précédente réforme, arguant que les partisans évaluent les pertes fiscales effectives toujours à un niveau beaucoup trop bas.

Les attentes concernant les répercussions fiscales de la réforme ont été déterminantes: 80% des sondés qui craignaient une baisse des recettes fiscales ont voté non. Deux tiers de ceux qui s'attendaient au contraire à davantage de rentrées fiscales ont voté oui. Les indécis ont rejeté le projet de réforme avec 64% des voix.

Naturalisation facilitée plus importante

Ni les partisans ni les opposants à la RIE III n'ont réussi à convaincre les électeurs de l'importance de l'objet. Ils ont estimé que la naturalisation facilitée des étrangers, soumise le même jour aux citoyens, était plus décisive, alors que pour la RIE III, il était question d'un des objets les plus importants de ces dernières années.

Le vote sur la naturalisation facilitée a été tout autre. Ici, trois quarts des sondés savaient dès le début comment ils allaient voter. Un argument a prédominé: les étrangers de la troisième génération vivant en Suisse sont considérés comme des citoyens suisses.

La campagne de l'UDC, seule parmi les grands partis à combattre le projet, n'a pas réussi non plus à convaincre entièrement même les adversaires de la naturalisation facilitée. Seuls 48% des sondés qui ont voté non se sont montrés d'accord avec l'argument principal de l'UDC, selon qui la naturalisation facilitée déclencherait une vague de naturalisations.

FORTA à l'ombre

Clairement éclipsé par les deux autres objets, le fonds pour les routes nationales et pour le trafic d'agglomération FORTA. Dans ce cas, le oui a été motivé par l'idée de développement du réseau routier, projet considéré comme positif, voire nécessaire. Les oppositions à FORTA sont surtout dues à des considérations écologistes.

Le sondage a pris en compte 1512 personnes en âge de voter, interrogées en l'espace de trois semaines après le scrutin. La marge d'erreur est de +/- 3,1%.

Les enquêtes VOTO sont réalisées par l'institut de recherche FORS, le Centre d'études sur la démocratie Aarau ZDA et l'institut de sondage LINK. Elles sont financées par la Chancellerie fédérale. Depuis l'automne dernier, elles ont pris le relais des sondages VOX.

/ATS
 

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