Le bercement favorise un sommeil plus profond et aussi la mémoire

Des chercheurs lémaniques démontrent dans une étude les bienfaits du bercement tant sur le ...
Le bercement favorise un sommeil plus profond et aussi la mémoire

Le bercement favorise un sommeil plus profond et aussi la mémoire

Photo: KEYSTONE/AP HAYS DAILY NEWS/CHARLIE RIEDEL

Des chercheurs lémaniques démontrent dans une étude les bienfaits du bercement tant sur le sommeil que sur la mémoire. Ils offrent une piste supplémentaire pour lutter contre les troubles du sommeil.

Ces scientifiques de l’Université de Genève (UNIGE) avaient déjà montré par le passé que le balancement pendant une sieste de 45 minutes aidait les gens à s’endormir plus rapidement et à dormir plus profondément.

Avec des collègues vaudois, ils ont mené deux nouvelles études, l’une sur des humains, l’autre sur des souris, pour savoir quels sont les effets de ce mouvement lent sur le cerveau. Ces travaux ont été menés dans le cadre d’une subvention du Fonds national suisse (FNS) soutenant des projets conjoints de recherche fondamentale et de recherche clinique.

La première étude était dirigée par Laurence Bayer et Sophie Schwartz, chercheuses au Département des neurosciences fondamentales de l’UNIGE et au Centre de médecine du sommeil des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Elle a exploré les ondes cérébrales caractérisant un bercement continu.

Lit en mouvement

Dix-huit jeunes adultes en bonne santé ont ainsi passé deux nuits au Centre de médecine du sommeil des HUG, l’une sur un lit en mouvement et l’autre sur le même lit, mais en position stationnaire. Plusieurs variables physiologiques étaient enregistrées (rythme cardiaque, rythme respiratoire, électroencéphalogramme, etc.).

'Passer une bonne nuit de sommeil signifie s’endormir rapidement et rester endormi toute la nuit', indique Laurence Bayer, citée jeudi dans un communiqué de l'UNIGE.

'Or, nous avons observé que nos participants, même s’ils dormaient bien dans les deux cas, s’endormaient plus rapidement lorsqu’ils étaient bercés. De plus, ils présentaient des périodes de sommeil profond plus longues et moins de micro-éveils, l’un des facteurs fréquemment associé à une mauvaise qualité du sommeil', ajoute la spécialiste.

Synchroniser les ondes cérébrales

Le renforcement du sommeil profond par le bercement est la conséquence directe de la modulation de l’activité des ondes cérébrales. Ainsi, le bercement continu permet de synchroniser l’activité neuronale des réseaux thalamo-corticaux, qui jouent un rôle important dans la consolidation du sommeil, mais également de la mémoire.

'Afin de voir si cet effet concernait aussi la mémoire, nous avons soumis nos participants à des tests mnésiques: ils devaient apprendre des paires de mots le soir et s’en souvenir le matin, au réveil', explique Aurore Perrault, chercheuse à l’UNIGE et première auteure de cette étude.

Là aussi, le bercement s’est révélé bénéfique: les résultats des tests étaient bien meilleurs après une nuit en mouvement qu’après une nuit immobile.

Durée augmentée

La deuxième étude a été réalisée à l'Université de Lausanne sous la direction de Paul Franken. Chez les souris comme chez l’être humain, le bercement - de leur cage, en l’occurrence - a diminué le temps d’endormissement et augmenté la durée du sommeil, sans pour autant en améliorer la qualité, contrairement à ce qui avait été montré chez les humains.

Cette seconde recherche, la première à tester les effets du bercement sur une autre espèce, a mis en évidence un autre acteur capital de la qualité du sommeil: le système vestibulaire. Situé dans l’oreille interne, il gère l’équilibre et l’orientation spatiale.

'Nous avons soumis aux mêmes bercements des souris dont les récepteurs sensoriels de l’oreille interne ne fonctionnaient pas, altérant ainsi la fonction vestibulaire, et des souris contrôles. Contrairement aux souris contrôles, les souris du premier groupe n’ont bénéficié d’aucun effet du balancement pendant le sommeil', souligne Konstantinos Kompotis, premier auteur de l’étude.

La stimulation sensorielle vestibulaire pendant le bercement agit donc sur les réseaux neuronaux responsables des oscillations cérébrales spécifiques du sommeil, selon ces travaux publiés dans la revue Current Biology.

Traiter l'insomnie

Pour mieux identifier les structures cérébrales impliquées dans les effets du bercement, les chercheurs entendent maintenant faire appel à d’autres techniques plus précises, comme l’optogénétique qui permet d’observer et de contrôler des neurones précis.

'Il s’agit de déchiffrer les structures, voire les populations neuronales, qui reçoivent les stimuli des organes vestibulaires avant de les transférer aux structures du circuit du sommeil', ajoute Paul Franken.

La cartographie du réseau de communication entre les deux systèmes permettrait de développer de nouvelles approches pour traiter les patients souffrant d’insomnie, de troubles de l’humeur ou de la mémoire, les personnes âgées par exemple.

/ATS
 

Actualités suivantes