Le procureur trace une ligne rouge contre les crimes de guerre

Le procureur fédéral a débuté lundi son réquisitoire contre un ancien commandant libérien accusé ...
Le procureur trace une ligne rouge contre les crimes de guerre

Le procureur de la Confédération a requis lundi la peine maximale, soit 20 ans, contre un ancien commandant libérien accusé de crimes de guerre. Devant le Tribunal pénal fédéral, il n'a retenu aucune circonstance atténuante.

Andreas Müller a estimé que l'accusé, Alieu Kosiah, avait agi pour des 'mobiles totalement inexcusables', soit la soif de vengeance de son ethnie, les Mandingos, le profit personnel et le pouvoir. De la peine devront être déduits les six ans déjà passés en préventive. En outre, l'expulsion pour 15 ans a été réclamée.

Pour le représentant du Ministère public de la Confédération (MPC), l'homme peut se féliciter que l'ancien Code pénal militaire, qui est applicable ici, ne prévoie pas une sanction plus lourde. Il a souligné qu'avec son verdict, la cour aura la chance d'agir contre des crimes qui, trop souvent, échappent au bras de la justice.

Défendre une ligne rouge

'Les rebelles de Charles Taylor ne faisaient que passer. Ils pillaient, violaient, tuaient mais ils étaient moins pires que l'ULIMO (United Liberation Movement of Liberia for Democracy).' C'est par ces mots d'un témoin que le magistrat a ouvert son plaidoyer devant la Cour des affaires pénales.

D'une voix douce contrastant avec les faits évoqués, il a souligné le caractère hors normes de ce procès, le premier tenu devant la justice civile pour le Libéria. 'Un procès qui traite de crimes parmi les plus abominables.' Même dans les guerres, il y a des lignes rouges et le but de cette procédure est de défendre cette dernière ligne rouge.'

Des milliers de civils ont été tués, violés, torturés dans le Lofa où opérait la Strike Force de l'ULIMO dont faisait partie l'accusé. Voisin de la Guinée, le comté jouait un rôle stratégique pour le ravitaillement, a rappelé Andreas Müller. 'Quelque 17'000 violations des lois de la guerre par l'ULIMO ont été dénoncées, soit une dizaine par jour en moyenne.'

Exécutions et tortures

Après ce tableau général, les actes reprochés à l'accusé Alieu Kosiah ont été énumérés: recrutement d'un enfant soldat, exécution de civils et de soldats, viol ou encore 'Tabé' - torture consistant à lier dans le dos les coudes et les poignets de la victime.

Le procureur a aussi évoqué les transports forcés imposés aux civils. Surnommé 'Physical Cash', l'accusé 'aimait l'argent, pas étonnant qu'il ait ordonné des pillages.' Des actes qui contreviennent à l'interdiction des traitements cruels, humiliants et dégradants.

Pour le magistrat, l'acte de cannibalisme reproché à l'accusé - manger un coeur arraché à un civil - illustre bien la banalisation de l'horreur durant le conflit libérien. Un crime commis en public, pour terroriser la population.

Viols généralisés

Concernant le pillage de la centrale électrique de Foya et le transport de la génératrice jusqu'en Guinée, Andreas Müller a cité les paroles 'désarmantes' d'un témoin: 'Quand vous vous promenez sur le front, il arrive que vous trouviez quelque chose. Si vous trouvez une génératrice, vous la prenez.'

Le représentant du Ministère public a encore parlé du pillage d'un petit village, au cours duquel 25 hommes auraient été décapités - un crime qui n'a pas été établi par l'accusation. Cette mise à sac a été suivie du viol d'une jeune fille par Alieu Kosiah. Une pratique généralisée durant le conflit, a souligné le procureur. Pour 'couvrir de honte' les familles.

Andreas Müller a tordu le cou à la thèse du complot ourdi pour nuire à l'ancien commandant. 'Les plaignants ont pris des risques pour témoigner. Pourtant, contrairement à ce que d'aucuns prédisaient, ils n'ont pas profité du voyage de Bellinzone pour demander l'asile.'

Ancien commandant de l'ULIMO entre 1993 et 1995, Alieu Kosiah est accusé notamment du meurtre de 18 civils et de deux soldats désarmés, commis par lui-même ou par ses hommes, du viol d'une jeune femme ainsi que d'actes de torture et de cannibalisme. Arrivé en Suisse à la fin des années 1990, il y a refait sa vie. Il a été identifié et arrêté en novembre 2014. L'accusé, qui aura 46 ans en mars, est présumé innocent.

/ATS