Procès suspendu des mois en attendant une nouvelle expertise

Le procès de Fabrice A. qui s'est ouvert lundi devant le Tribunal criminel de Genève a été ...
Procès suspendu des mois en attendant une nouvelle expertise

Procès suspendu des mois en attendant une nouvelle expertise

Photo: Keystone

Le procès de Fabrice A. qui s'est ouvert lundi devant le Tribunal criminel de Genève a été suspendu jeudi pour plusieurs mois. En cause, une expertise psychiatrique française qui manquait d'éléments factuels.

Pour les proches d'Adeline, qui se préparent depuis des mois à ce procès, cette suspension est 'émotionnellement très difficile'. 'C'est un mal pour un bien', a toutefois déclaré Simon Ntah, avocat de la famille, à la sortie du tribunal. 'Les juges veulent aller au bout des choses avec un dossier complet pour prendre une décision', a-t-il ajouté.

Très dignes, les parents d'Adeline ont souligné que malgré tout, ils avaient encore confiance en la justice. Cette suspension permettra 'aux témoins qui s'étaient fait porter pâle d'être présents', a relevé le père d'Adeline. L'ex-directrice de La Pâquerette et une sociothérapeute bénéficiaient d'une dispense médicale.

Et d'ici là, la Commission d'enquête parlementaire instituée par le Grand Conseil aura certainement rendu ses conclusions, espère-t-il. Ce rapport qui doit faire la lumière sur les dysfonctionnements ayant conduit à l'assassinat d'Adeline est attendu pour janvier 2017.

Internement à vie

L'annonce de la suspension du procès a provoqué un énorme étonnement et une certaine confusion dans la salle. L'un des experts français entendu mercredi par le Tribunal a pris connaissance du dossier le 3 juin 2015, soit le jour où il a rencontré le prévenu. 'Il n'avait pas connaissance d'éléments factuels importants', a indiqué la présidente du Tribunal Anne-Isabelle Jeandin Potenza.

Le Tribunal doit être rigoureux, compte tenu de la mesure envisagée, selon la présidente. En effet, l'internement à vie est au coeur du procès de l'homme qui a tué sa sociothérapeute le 12 septembre 2013 lors d'une sortie accompagnée. Les exigences légales imposent notamment deux expertises psychiatriques indépendantes pour prononcer un internement à vie.

La Tribunal a ainsi ordonné une troisième expertise. Cette décision annoncée d'abord comme irrévocable par la présidente a finalement été réexaminée à la lumière des déclarations des parties. Après un moment d'incertitude, elle a été confirmée.

Principe de célérité

Yann Arnold, l'avocat de Fabrice A., a fait part de son extrême surprise et s'est opposé formellement à cette décision au nom de la violation du principe de célérité. Les méthodes des experts français sont différentes, mais leurs expertises n'en sont pas moins valables ou pertinentes, a-t-il relevé.

Il a aussi rappelé que les deux spécialistes avaient des milliers d'expertises à leur actif. 'L'expertise ne convient pas au Tribunal dans ses conclusions', s'est demandé l'avocat. Les deux Français avaient conclu que Fabrice A. était un individu pervers, sans empathie, mais qu'il n'était pas un malade mental. Ces conclusions ne seront pas prises en considération.

Agacement

Le Ministère public s'en est rapporté à la décision des juges. Le procureur général Olivier Jornot, même s'il était agacé par 'la loghorrée' et 'le parisianisme' des experts français, estime qu'on y trouvait des réponses. 'Il n'y a pas de traitement: et ils l'ont dit', a affirmé M.Jornot qui avait mandaté ces deux experts.

Par ailleurs, il savait que l'un des experts avait eu connaissance du dossier le jour-même de sa rencontre avec Fabrice A. Cette méthode ne l'a pas dérangé. Reste à savoir si les juges avaient aussi connaissance de cet élément ou s'ils l'ont appris au cours des débats mercredi.

Le procès se poursuit dans l'après-midi avec des auditions de témoins. Il sera suspendu en fin de journée. Vu les circonstances, la famille n'a pas souhaité s'exprimer jeudi devant le tribunal comme initialement prévu.

/ATS


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