Fribourg veut mieux accompagner ses agriculteurs en difficulté

Le canton de Fribourg renforce son dispositif d'accompagnement des exploitations agricoles ...
Fribourg veut mieux accompagner ses agriculteurs en difficulté

Fribourg veut mieux accompagner ses agriculteurs en difficulté

Photo: Philippe Lebet - Keystone-ATS

Le canton de Fribourg renforce son dispositif d'accompagnement des exploitations agricoles. La volonté répond à des conditions d'exercice de la profession devenues notablement plus difficiles au cours des 20 dernières années.

Deux directions sont associées, celle de la santé et des affaires sociales (DSAS) et celle de l'agriculture (DIAF), dans le programme présenté jeudi à l'Institut agricole de l'Etat de Fribourg de Grangeneuve (FR) par les conseillers d'Etat Anne-Claude Demierre et Didier Castella. 'Le secteur a subi une profonde mutation structurelle', a relevé la première.

'Les attentes liées à la politique agricole fédérale et aux marchés ont amené une pression grandissante', a précisé Anne-Claude Demierre. Il en a découlé des tensions professionnelles et privées. L'objectif du renforcement du dispositif instauré en 1999 vise à éviter le recours à l'aide sociale et à répondre aux difficultés sociales.

Soucis multiples

Les agriculteurs souffrent de soucis touchant aux finances, à la relève intrafamiliale, à l'isolement social ainsi qu'à l'état de santé physique et psychique. En découlent parfois des conflits familiaux. Les conditions d'exercice de la profession impliquent 50 heures de travail hebdomadaire dans les deux tiers des exploitations.

Le métier est par ailleurs affecté par deux fois plus de burnout (épuisement professionnel) que la moyenne suisse, a ajouté Anne-Claude Demierre. Le risque de suicide y apparaît aussi un quart plus élevé que pour l'ensemble des autres professions. Les agriculteurs qui parlent ouvertement de leurs problèmes sont rares.

Face à ce constat, Fribourg propose de mettre en oeuvre un catalogue de plusieurs mesures pour améliorer le dispositif de 1999. Didier Castella a énuméré quatre points autour desquels le renforcement se déploiera en faveur des quelque 2800 exploitations agricoles du canton, dont 1% fait l'objet d'une attention particulière en l'état.

Sentinelles et mentors

Il y a d'abord un réseau de sentinelles pour pouvoir intervenir le plus tôt possible, a expliqué Didier Castella. Le rôle peut être assumé par un vétérinaire, un contrôleur laitier, un conseiller agricole, un comptable ou toute personne en contact régulier avec les agriculteurs.

'Leur tâche consistera à informer ceux-ci de l'existence de la cellule d'accompagnement des exploitations paysannes en difficulté (AED)', a détaillé le magistrat. Cette entité, deuxième point du dispositif et qui existe déjà à Grangeneuve, garantira la confidentialité.

Le troisième volet sera constitué d'un suivi des cas avec à la clé des mesures de mise à disposition de spécialistes dans plusieurs domaines. Enfin, le quatrième point proposera un mentorat, avec une dizaine de personnes formées et rémunérées. Celles-ci devront afficher une fibre humaine et sociale marquée.

Université de Neuchâtel

Le renforcement s'appuiera sur une enveloppe budgétaire quadruplée à 60'000 francs à compter de 2020, a dit Anne-Claude Demierre. Au-delà, les intervenants ont souligné que tout le secteur n'était pas nécessairement en détresse, loin de là. Mais l'idée consiste avant tout à libérer la parole de ceux qui ne s'expriment pas.

Samuel Joray, responsable de la cellule AED, a livré pour sa part une série d'exemples pour illustrer les difficultés de certains agriculteurs. Nombre d'entre elles ont trait à l'activité laitière, où la pression est constante. Il a aussi mentionné la contrainte, inhérente à la profession, de travailler et de vivre en un même lieu.

Les recommandations publiées jeudi se fondent sur l’étude s'intéressant aux risques psychiques et sociaux des exploitants du canton de Fribourg. La recherche, sur mandat de ce dernier, a été effectuée auprès du professeur Jérémie Forney de l’Institut d’ethnologie de l’Université de Neuchâtel.

/ATS
 

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