L’Office fédéral de l’agriculture interdit le chlorothalonil

Le chlorothalonil sera interdit dès 2020 en Suisse. L'Office fédéral de l'agriculture (OFAG) ...
L’Office fédéral de l’agriculture interdit le chlorothalonil

L’Office fédéral de l’agriculture interdit le chlorothalonil

Photo: KEYSTONE/CHRISTIAN BEUTLER

Le chlorothalonil sera interdit dès 2020 en Suisse. L'Office fédéral de l'agriculture (OFAG) retire immédiatement de la circulation ce fongicide et considère la substance comme 'probablement' cancérigène.

Ce retrait est réalisé dans le cadre du programme de réexamen des anciens produits phytosanitaires. Une centaine de substances ont déjà été réexaminées à ce jour, précise l'OFAG jeudi dans un communiqué. A ses yeux, certains produits de dégradation de ce fongicide pourraient avoir un effet négatif à long terme sur la santé.

De plus, la substance doit probablement être classée comme cancérigène, estime Berne qui se rallie à l’évaluation de la commission de l'UE. Le réexamen du chlorothalonil a montré que certains produits de dégradation de cette substance, appelés métabolites, pouvaient être mesurés en quantité trop importante dans les eaux souterraines.

Céréales, légumes et plantes ornementales

Comme l’on peut s’attendre à retrouver ces produits au-dessus des normes légales fixées pour les eaux de boissons, il est nécessaire d’agir afin de réduire leur présence dans les eaux souterraines. L’OFAG retire donc les autorisations de vente des produits avec effet immédiat et interdit leur utilisation dès le 1er janvier 2020.

Le chlorothalonil est une substance active utilisée comme fongicide depuis les années 1970 dans l'agriculture, notamment dans la culture des céréales, des légumes, de la vigne et des plantes ornementales. Selon l'OMS, il est particulièrement toxique pour les poissons et les invertébrés aquatiques. La Commission européenne a décidé le 29 avril 2019 de retirer le fongicide et d'interdire son utilisation après le 20 mai 2020.

Près de 45 tonnes de chlorothalonil ont été utilisés en 2017 en Suisse. Cela représente 2,22% du total des produits phytosanitaires.

Le Conseil fédéral a mis en place en 2010 un programme d'examen des produits phytosanitaires anciens afin de s'assurer qu'ils répondent toujours aux exigences actuelles. Une trentaine de pesticides sont encore analysés.

Thème récurrent

La qualité des eaux en Suisse a souvent fait la une de l'actualité en 2019. L'Office fédéral de l'environnement (OFEV) avait révélé à la mi-août que la substance avait été détectée dans 31 stations de mesure des eaux souterraines. Et dans 20 cas, la limite légale de 0,1 microgramme par litre a été dépassée.

Depuis 2017, divers métabolites du chlorothalonil ont été repérés dans les eaux souterraines, notamment du Plateau. La limite de 1 μg/l pour l'eau potable fixée en juin dernier par l'Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires est dépassée dans quelques cas.

L'alerte à la pollution au chlorothalonil avait été donnée dans la Broye en juin dernier, à Domdidier (FR). Lausanne avait aussi dû agir fin août: elle a sorti du réseau d'eau potable des captages qui dépassaient la nouvelle valeur maximale autorisée.

La Société suisse de l'industrie du gaz et des eaux (SSIGE) considère que pratiquement toutes les communes du Plateau qui exploitent leurs sources et leurs nappes phréatiques exclusivement sur des terres arables sont concernées, a déclaré son porte-parole à Keystone-ATS.

Le canton de Berne et les distributeurs d'eau du canton de Soleure ont demandé à la Confédération d'interdire ce produit. L'Union suisse des paysans (USP) a, elle, demandé aux exploitations agricoles de renoncer aux pesticides contenant cette substance en attendant d'en savoir plus sur ses effets.

Deux initiatives

Les Suisses pourraient également se prononcer sur deux initiatives en lien avec la qualité de l'eau. Celle sur les pesticides de synthèse demande d'interdire l'utilisation de ces produits dans la production agricole ainsi que pour l'entretien des sols et des paysages.

L'autre initiative vise à garantir la qualité de l'eau potable. Les agriculteurs ne pourraient toucher de paiements directs qu'à la condition de respecter des exigences écologiques comme la préservation de la biodiversité, une production sans pesticides et des animaux nourris avec le fourrage produit dans l'exploitation.

Pour mémoire, l'Office fédéral de l'agriculture a banni en juin 12 pesticides contenant du chlorpyrifos et clorpyrifos-méthyl. Ces produits peuvent endommager le cerveau des embryons, des jeunes enfants et sont très toxiques pour les insectes, les oiseaux et les animaux aquatiques.

/ATS
 

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