L'aéroport de Lugano-Agno en liquidation

L'aéroport de Lugano-Agno, au bord de l'asphyxie financière, va être mis en liquidation 'ordonnée' ...
L'aéroport de Lugano-Agno en liquidation

La pandémie liée au coronavirus sonne le glas de l'aéroport de Lugano-Agno sous sa forme actuelle. La structure sera mise en liquidation ordinaire, dans l'attente d'une nouvelle solution avec des investisseurs privés. Septante-deux personnes perdent leur emploi.

L'épidémie due au coronavirus a empêché une autre issue, a souligné Filippo Lombardi, le vice-président du conseil d'administration de la société Lugano-Airport SA (LASA), lors d'une conférence de presse jeudi après-midi. Cette décision, qui sera formalisée la semaine prochaine lors d'une assemblée des actionnaires, n'équivaut cependant pas à une faillite, a-t-il souligné. Elle permettra la poursuite d'une activité minimale de l'aéroport.

Les salariés, qui avaient déjà été licenciés préventivement, recevront leur salaire jusqu'à fin mai. Les créanciers, dont certains comme Skyguide ont accepté de réduire leurs prétentions, seront également payés.

Scrutins reportés

Les citoyens de Lugano et ceux du canton auraient dû se prononcer ce dimanche 26 avril sur deux référendums lancés par la gauche contre des aides publiques visant à sauver l'aéroport. Le scrutin a cependant été reporté pour cause de pandémie, ce qui a encore aggravé la situation financière de la société.

'Cela n'aurait pas été responsable de la part du conseil d'administration de solliciter un prêt qu'il savait ne pas être en mesure de rembourser', a déclaré Filippo Lombardi.

Pourtant, les deux premiers mois de l'année avaient été positifs pour l'aéroport, avec une hausse du chiffre d'affaires de 40%. Le coronavirus a cependant provoqué un 'effondrement total, avec moins d'un vol par jour. Cela a coupé les ailes de l'aéroport', s'est désolé l'ancien conseiller aux Etats tessinois.

L'épidémie a également reporté à une date non précisée les négociations qui avaient été entamées avec le transporteur schwytzois Lions Airpour pour la reprise d'un vol entre Genève et Lugano.

'L'effet d'une bombe'

Président du conseil d'administration et maire de Lugano, Marco Borradori a parlé d'une 'journée triste, qui laisse un goût amer. L'aéroport perd la partie sans avoir eu la possibilité de la disputer', a-t-il dit, en référence aux votations qui n'ont pas eu lieu.

Il s'agit cependant d'une décision de bon sens, a-t-il affirmé, soulignant que la pandémie a complètement changé les paradigmes du problème. Le coronavirus a eu l'effet 'd'une bombe. Cette situation a mis le monde de l'aviation à terre, elle met en difficulté des aéroports dans le monde entier, y compris ceux de Zurich ou Genève. Figurez-vous une structure comme celle de Lugano'.

Pour le syndic, il n'était ainsi pas défendable de donner de l'argent pour faire jouer la démocratie'.

'Cela aurait été de l'acharnement', a reconnu le conseiller d'Etat Claudio Zali, qui a exprimé sa déception au nom du canton pour les emplois perdus. Il a aussi parlé d'une 'petite défaite pour la démocratie'. 'Avec un hypothétique soutien populaire, nous aurions pu avoir un scénario différent. Mais désormais, c'est inutile d'en parler.'

La quête d'investisseurs

Avec la mise en liquidation, le canton ne sera plus impliqué dans la gestion de l'aéroport. Celle-ci sera, durant la période de transition, entièrement l'affaire de la ville, propriétaire du site et titulaire de la concession fédérale.

Directeur de l'aéroport, Maurizio Merlo a expliqué que l'activité de l'aéroport sera maintenue à un niveau minimal. Les respondables prévoient, pour la phase de transition, de réengager du personnel à hauteur de 13-14 Equivalents Plein Temps (EPT). Et ce dans l'attente d'une nouvelle société avec des investisseurs privés. Un groupe de travail a été constitué pour mener les discussions.

Compagnies en difficulté

Les difficultés de l'aéroport remontent à 2017 et au grounding de la compagnie Darwin. Elles se sont encore aggravées l'année dernière avec la faillite de la société slovène Adria Airways, qui assurait la liaison Zurich-Lugano en partenariat avec Swiss.

Appelé à sauver l'aéroport, le Conseil communal (législatif) de Lugano n'avait pas voulu aller au-delà d'un financement-pont pour l'année 2020, et avait rejeté un plan de relance de l'aéroport prévu jusqu'en 2024. Cette décision de la ville avait automatiquement redimensionné l'aide du canton, l'autre actionnaire exclusif.

/ATS