Le peuple rejette l'initiative sur les logements abordables

La Confédération et les cantons ne seront pas obligés de construire davantage d'habitations ...
Le peuple rejette l'initiative sur les logements abordables

L'initiative sur les logements rejetée malgré le soutien romand

Photo: KEYSTONE/MARTIAL TREZZINI

Il n'y aura pas d'obligation de construire plus de logements abordables. Les Suisses ont refusé dimanche à 57,1% l'initiative de l'Association suisse des locataires (ASLOCA) lors d'un scrutin marqué par un röstigraben et un fossé ville-campagne.

Seuls cinq cantons dont quatre romands ont soutenu le texte pour davantage de logements abordables. Le canton urbain de Bâle-Ville s'est montré le plus enthousiaste avec 60,2% de 'oui'. Genève suit avec 60,1% devant Neuchâtel (56,2%), le Jura (53,2%) et Vaud (53,2%).

Dans le camp du non, Appenzell Rhodes-Intérieures est le canton qui a montré le plus fort rejet avec 76% devant Obwald (72,3%) et Schwyz (72,3%). Les grandes villes où il est généralement plus difficile de trouver un logement bon marché ont soutenu le texte.

L'initiative exigeait 10% de logements à loyer modéré dans le parc immobilier suisse. Pour y parvenir, cantons et communes auraient pu faire valoir un droit de préemption pour acquérir des immeubles de la Confédération ou d'entreprises comme les CFF ou La Poste. Les assainissements énergétiques n'auraient pas dû entraîner la perte du logement.

Difficile en Suisse alémanique

Pour les défenseurs des locataires et la gauche, c'était le seul moyen de stopper la spéculation immobilière qui voit les locataires payer toujours plus cher et les investisseurs engranger des bénéfices record. Mais l'initiative partait avec le handicap de devoir réunir la double majorité du peuple et des cantons.

Or le texte a nettement moins bien passé en Suisse alémanique où une majorité de cantons non urbains ont fait la différence, a relevé sur les ondes de la RTS Carlo Sommaruga, président de l'ASLOCA. La campagne y a été beaucoup plus dure, notamment sur la question du coût qu'aurait occasionné le texte de l'ASLOCA, a ajouté le conseiller aux Etats (PS/GE).

Renflouer le fonds

Pour le comité d'initiative, il faut doper dès maintenant le fonds de roulement qui octroie des prêts en faveur de la construction de logements abordables. Pour le conseiller aux Etats Carlo Sommaruga (PS/GE), 'il faut doubler la mise'.

Le Parlement a déjà prévu de renflouer ce fonds de 250 millions de francs pour une période de dix ans. La somme sera immédiatement disponible et s'ajoutera aux 510 millions déjà alloués aux coopératives d'habitation.

La municipale Natacha Litzistorf (Verts) en charge du logement à Lausanne, est également d'avis que cette rallonge de 250 millions est insuffisante face aux besoins des villes. Elle plaide aussi pour la poursuite d'autres solutions locales et cantonales, via des instruments comme le droit de préemption.

Solutions locales

Dans le camp opposé, la satisfaction est de mise. Le rejet de l'initiative montre que le marché du logement fonctionne globalement et que la grande majorité de la population dispose de possibilités de logement raisonnables, s'est félicité le ministre de l'économie Guy Parmelin.

'La question du logement ne peut pas être résolue au moyen de quotas', s'est réjoui Olivier Feller, secrétaire général de la Fédération immobilière romande. Les résultats très variables illustrent bien les différences entre le Valais et la ville de Genève.

Pour le conseiller national PLR vaudois, il faut des solutions locales et régionales. Questionné sur une éventuelle augmentation du fonds de roulement, il préfère s'en tenir pour le moment aux 250 millions.

50 millions dès cette année

Quelque 21 millions seront utilisables dès cette année et avec les amortissements des prêts en cours, ce sont au total 50 millions qui seront disponibles en 2020, a précisé Guy Parmelin. Un coup de pouce supplémentaire au fonds n'est pas exclu, a-t-il ajouté.

Mais selon lui, le vote a été clair, il ne serait pas correct par rapport aux électeurs de doubler tout de suite les sommes. Le conseiller fédéral a chargé l'Office fédéral du logement de procéder à une analyse détaillée du vote qui sera prise en compte dans le dialogue en matière de politique de logement.

/ATS