Nouvelle campagne pour sensibiliser la population aux antibiotiques

Les patients et les éleveurs d'animaux ne doivent pas exagérer avec les antibiotiques. Sous ...
Nouvelle campagne pour sensibiliser la population aux antibiotiques

Nouvelle campagne pour sensibiliser la population aux antibiotiques

Photo: KEYSTONE/AP TASR SLOVAKIA/DANIEL VESELSKY

Les patients et les éleveurs d'animaux ne doivent pas exagérer avec les antibiotiques. Sous le slogan 'quand il faut, comme il faut', la Confédération a donné vendredi le coup d'envoi d'une nouvelle campagne de sensibilisation nationale.

Les antibiotiques sont l'une des plus grandes avancées de la médecine moderne. Ils permettent de traiter des maladies graves comme la pneumonie et la septicémie et de sauver des patients d'une pathologie dont l'issue pourrait être fatale.

Mais un usage excessif ou inapproprié d'antibiotiques réduit leur efficacité et entraîne une résistance des bactéries. Sur la base des chiffres de 2015, on estime que 276 personnes en meurent par an en Suisse, ont révélé révélé les autorités à la presse.

Certaines infections deviennent en effet difficiles, voire impossibles à traiter, alertent les autorités fédérales. L'engagement des experts ne suffit pas, patients et éleveurs doivent également utiliser ces médicaments de manière responsable.

Ce message sera diffusé durant quatre ans via des spots TV, des affiches, de la publicité en ligne et un site internet. La campagne d'un budget de 1,1 million de francs par an s'inscrit dans la stratégie nationale antibiorésistance lancée en 2015.

Progrès insuffisants

Des progrès sont là, mais cela ne suffit pas, ont souligné les représentants des quatre offices fédéraux concernés. Malgré un net recul de l'usage des antibiotiques, la résistance des bactéries continue à augmenter, ont-il justifié. Impossible de fixer une échéance pour un inversement de tendance, le problème est complexe et le nombre de bactéries impliquées trop grand.

En médecine vétérinaire, l'usage d'antibiotiques a été réduit par deux en dix ans, il était d'un peu plus de 32 tonnes en 2017. Il faut toutefois investir davantage dans la prévention afin que les animaux restent en bonne santé et n'aient pas besoin d'antibiotique, a expliqué Hans Wyss, directeur de l'Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires.

Consommation plutôt faible

Pour la population, il existe désormais des directives nationales de prescription d'antibiotiques et les généralistes sont plus parcimonieux. En 2017, de tels remèdes ont été prescrits lors de 29 consultations médicales sur 1000, nettement moins que les 34 à 40 des années 2006-2013. Dans les hôpitaux aussi, l'usage a reculé de 10% entre 2014 et 2016.

Le combat est toutefois loin d'être gagné, a estimé le directeur de l'Office fédéral de la santé publique Pascal Strupler. Tout le monde est concerné, d'où la campagne à grande échelle.

Même si la Suisse fait figure de bon élève par rapport à la moyenne des pays de l'UE, des bactéries résistantes aux antibiotiques ont été détectées dans les eaux souterraines, les fleuves et les lacs. En 2014, 7% des 550 échantillons prélevés étaient concernés. L'Office fédéral de l'environnement soutient donc la lutte.

7156 infections

Le nombre d'infections causées par des bactéries ne répondant plus aux antibiotiques est en outre en augmentation. Pour 2015, il est estimé à 7156 cas. Près d'un tiers des infections invasives sont dues à la bactérie Escherichia coli.

Dans un cas sur cinq, une personne infectée ne répond ainsi pas à la fluoroquinolone, produit largement utilisé. L'augmentation de taux de résistance à d'autres antibiotiques est également jugée inquiétante.

Le nombre d'infections invasives dues à des staphylocoques dorés résistants à la méthicilline que seuls deux classes d'antibiotiques peuvent encore traiter a en revanche reculé. Les autorités lient ces progrès aux mesures prises par les hôpitaux. La tendance à la baisse s'observe aussi dans plusieurs autres pays européens.

Infections alimentaires

Les bactéries résistantes peuvent générer des infections alimentaires. La majorité de ces dernières sont causées par des bactéries de genre campylobacter. En 2017, plus de la moitié des campylobacter détectés dans la volaille étaient résistants à la fluoroquinolone.

La viande fraîche peut être contaminée par des bactéries lors de l'abattage. Le porc et le boeuf sont beaucoup moins concernés que la volaille même si la situation s'améliore vraiment pour cette dernière. L'Office fédéral de l'agriculture participe à la lutte contre l'antibiorésistance.

/ATS