CPI: un témoin au procès du Kényan Ruto raconte un massacre

Le premier témoin de l'accusation dans le procès du vice-président kényan William Ruto a commencé sa déposition mardi. Ce témoin, une femme, a raconté devant la Cour pénale internationale comment une église où elle s'était réfugiée avec d'autres villageois avait été incendiée.

"J'ai essayé de m'échapper, je portais mon petit enfant Myriam sur le dos", a-t-elle raconté. "L'église a été incendiée" par des Kalenjins, l'ethnie de William Ruto, a ajouté la femme, avant de s'effondrer en larmes.

William Ruto est accusé d'avoir pris la tête d'une organisation criminelle en vue d'évincer de la vallée du Rift les partisans du parti opposé au sien à la présidentielle de 2007. Il est le premier haut dirigeant en fonction à comparaître devant la CPI.

Tentatives d'intimidation

L'identité du témoin n'a pas été dévoilée. Elle était cachée à la vue de la galerie du public par des rideaux. Dans la retransmission vidéo de l'audience, son visage était flouté et sa voix modifiée. Le Kenya assure coopérer avec la CPI mais les accusations selon lesquelles Nairobi tente d'influencer les témoins sont nombreuses.

"Des milliers de personnes sont arrivées sur le village, ils chantaient", a raconté le témoin, évoquant le Jour de l'An 2008 : "ils étaient vêtus de kaki et leurs visages étaient peints à l'argile blanc, ils portaient des bâtons, des machettes et des haches".

Candidat local du parti de Ruto impliqué

Effrayés, femmes et enfants du village de Kambiaa, dans la région d'Eldoret, se sont réfugiés dans l'église, prise d'assaut puis barricadée par les assaillants.

"Je pouvais voir par la fenêtre", a raconté le témoin, assurant avoir reconnu parmi ses agresseurs un candidat local du parti de William Ruto, le Mouvement démocratique orange (ODM). Cet homme transportait un jerrycan bleu, a également assuré la femme, avant de répéter : "l'église a pris feu".

Selon l'accusation, entre 17 et 35 personnes ont été brulées vives dans l'église où les victimes, de l'ehtnie kikuyu, avaient été enfermées.

Le procureur de la CPI poursuit des membres des deux camps qui se sont affrontés lors des heurts politico-ethniques qui ont fait au moins 1000 morts et plus de 600'000 déplacés après la réélection contestée du président Mwai Kibaki fin décembre 2007.

Le vice-président et son co-accusé, le journaliste Joshua arap Sang, plaident non-coupable. Le procès du président du Kenya, Uhuru Kenyatta, doit débuter à La Haye le 12 novembre.

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