Le pouvoir bascule avec la fuite dans l'est de Ianoukovitch

Le pouvoir ukrainien a basculé. Le Parlement a libéré l'opposante emprisonnée Ioulia Timochenko et décidé d'une élection présidentielle anticipée en mai, destituant de facto Viktor Ianoukovitch. Refusant de démissionner et dénonçant un "coup d'Etat", celui-ci a fui la capitale.

"Ioulia libérée!", scandaient des centaines de personnes à Kharkiv, où Ioulia Timochenko était hospitalisée près du centre pénitentiaire. L'ancienne égérie de la "Révolution orange" de 2004, arborant sa tresse emblématique, les a saluées de la main.

"La dictature est tombée non pas grâce aux hommes politiques et aux diplomates, mais grâce aux gens qui sont sortis dans la rue, qui ont réussi à protéger leurs familles et leur pays", a-t-elle souligné. Elle a rendu hommage aux centaines de milliers de personnes qui ont manifesté pendant trois mois leur opposition au régime.

Et "vous n'avez pas le droit de quitter la place Maïdan. N'arrêtez pas maintenant", a-t-elle ensuite estimé en larmes et sur un fauteuil roulant, devant quelque 50'000 personnes sur la place centrale de Kiev.

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, s'est félicité de ce dénouement. La Maison Blanche a elle salué la libération de Mme Timochenko et rappelé qu'il revenait aux Ukrainiens d'établir "leur propre avenir" après la destitution du président.

Plusieurs votes

Le Parlement ukrainien avait voté plus tôt dans la journée la "libération immédiate" de l'ancienne Première ministre. Les députés ont ensuite constaté, par 328 voix dans un Parlement qui totalise 450 sièges, ce qu'ils ont considéré comme une vacance du pouvoir et destitué de facto le chef d'Etat.

"Le président Ianoukovitch s'est écarté du pouvoir et ne remplit plus ses fonctions", dit la résolution adoptée par les députés, qui ont fixé au 25 mai l'élection présidentielle anticipée.

Mais, de Kharkiv, Viktor Ianoukovitch, dont le mandat court jusqu'en mars 2015, a assuré qu'il n'avait pas l'intention de démissionner. "Le pays assiste à un coup d'Etat. (...) Je suis un président élu de manière légitime", a-t-il souligné dans une allocution télévisée.

Il a aussitôt reçu le soutien de la Russie, qui estime que "l'opposition n'a pas rempli une seule de ses obligations" figurant dans l'accord signé vendredi avec le président. Elle dénonce "les extrémistes armés et les pillards dont les actes constituent une menace directe (pesant) sur la souveraineté de l'Ukraine".

La déclaration de Viktor Ianoukovitch a été enregistrée à une date inconnue. Le nouveau président du Parlement, Olexandre Tourtchinov, a affirmé que le chef d'Etat se cachait dans la région de Donetsk, dont il est originaire.

"Il a essayé de prendre un avion à destination de la Russie, mais il en a été empêché par des gardes-frontière", a-t-il dit.

La police a évacué le quartier gouvernemental dans la capitale, le laissant sous le contrôle du service d'ordre des opposants. L'armée a de son côté fait savoir qu'elle n'allait "pas s'impliquer dans le conflit politique".

/ATS


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