Fonds d'investissement validé, mais les Etats temporisent

Le sommet des chefs des dirigeants de l'Union européenne (UE) a avalisé le plan d'investissement pour relancer la croissance. Toutefois, les 28 Etats préfèrent attendre avant d'y contribuer. Ils veulent connaître les projets financés et quels seront les retours pour leurs pays.

Le fonds est ouvert aux contributions directes des Etats, le principe est ancré", a salué jeudi soir à Bruxelles le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, au terme du sommet. Il a toutefois ajouté qu'il n'y a pas eu de véritable débat sur les contributions nationales entre les dirigeants.

La veille, il avait réclamé devant le Parlement européen "des propositions concrètes et pas seulement des paroles". Conscient des réticences, la Commission présentera mi-janvier un texte législatif expliquant comment se fera le calcul des contributions nationales.

"D'ici le prochain sommet en février, la Commission devra être très claire sur la gouvernance du plan d'investissement, sur les règles de fonctionnement. C'est à la lumière de cela que nous allons décider si et de combien nous allons contribuer", a prévenu Sandro Gozi, ministre italien des Affaires européennes.

Appels du pied

Le plan Juncker a été annoncé fin novembre. Il s'appuie sur une partie du budget européen et sur la Banque européenne d'investissement (BEI), le bras financier de l'UE, pour mobiliser au total 315 milliards d'euros (380 millards de francs).

Mais des contributions directes des Etats membres, directes ou via les banques nationales de développement, accentueraient considérablement sa force de frappe. De nombreux appels du pied ont été lancés aux pays bénéficiant de marges budgétaires, Allemagne en tête. Jusqu'ici sans succès.

Des réticences

Pour encourager les Etats membres, la Commission européenne propose que les sommes versées ne soient pas comptabilisées dans le calcul de leur déficit. "Il n'y a pratiquement aucune raison pour ne pas participer au financement", a expliqué M. Juncker. Un argument que n'entendent pas les Etats qui veulent plus d'assurances.

"Je ne vais pas mettre d'argent sur la table sans savoir d'abord quelles sont les propositions concrètes pour faire fonctionner ce fonds", s'est justifié le Premier ministre belge Charles Michel, résumant l'état d'esprit ambiant.

Sélection des projets

Outre la question du déficit, les Etats souhaitent également avoir leur mot à dire sur la sélection des projets financés par le plan d'investissement. Même si l'idée défendue à Bruxelles est de ne pas allouer de "quota par Etat".

"Cette négociation sera difficile, car il y a des intérêts à plusieurs niveaux", pronostique une source européenne. L'ambition est en outre d'aller vite, pour que le fonds soit opérationnel d'ici juin. Pour ne pas perdre de temps, la BEI pourra préfinancer des projets dès le début de l'année 2015.

Poursuivre les réformes

En attendant, la chancelière allemande Angela Merkel s'est contentée jeudi d'un soutien a minima. elle a préféré insister sur la nécessité de poursuivre les réformes structurelles en Europe.

"Nous pouvons lancer le plan d'investissement (...) qui doit maintenant se remplir de projets concrets. Par ailleurs, il faut évidemment gagner la confiance, c'est à cela que répond la mise en oeuvre du pacte de stabilité et de croissance", a déclaré Mme Merkel, à son arrivée au sommet.

La présidente lituanienne Dalia Grybauskaite n'a pas caché son scepticisme en jugeant la structure du plan Juncker "pour le moment créative (...) Au moins, les intentions sont bonnes", a-t-elle commenté laconiquement.

/ATS


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