Les syndicats défendent leur initiative sur les salaires minimaux

Chacun doit pouvoir vivre de son revenu en travaillant à plein temps. Forts de cette conviction, les syndicats ont défendu jeudi leur initiative en votation populaire le 18 mai. Ils ont profité de l'occasion pour contrecarrer les arguments avancés deux jours plus tôt par le ministre de l'économie Johann Schneider-Ammann.

Le texte de l'Union syndicale suisse (USS) demande à la Confédération et aux cantons d'encourager les conventions collectives de travail (CCT). Pour les secteurs où elles ne sont pas possibles, un salaire minimum de 22 francs de l'heure devrait être introduit. Il correspond à 4000 francs par mois pour 42 heures hebdomadaires.

Cette somme n'est pas surévaluée, elle est adaptée au niveau des prix, des loyers et des primes maladies que doivent affronter les Suisses, a expliqué le président de l'USS Paul Rechsteiner. Et 22 francs de l'heure correspondent à 61 % du salaire médian helvétique. En comparaison, le SMIC équivaut à 64 % du revenu médian français, a ajouté l'économiste du syndicat Daniel Lampart.

En Suisse, pas moins de 330'000 personnes travaillant à plein temps touchent moins de 4000 francs par mois. Or il n'est pas acceptable que quelqu'un qui travaille à 100 % doive être soutenu par l'Etat, a estimé Paul Rechsteiner.

Pas de protection

La co-présidente d'UNIA Vania Alleva a par ailleurs battu en brèche l'argument du partenariat social vanté par le camp du "non". Plus d'un travailleur sur deux n'est pas soumis à une CCT prévoyant un salaire minimum. Et les bas revenus sont particulièrement fréquents dans les branches dépourvues de CTT à force obligatoire.

Contrairement à d'autres pays, les faibles rémunérations ne sont pas un problème frappant avant tout les jeunes, mais les femmes. A travail égal, elles gagnent 630 francs de moins par mois que les hommes dans le commerce de détail, a relevé Paul Rechsteiner.

Pas de risques

Les syndicats ont tenu à démonter les arguments du Conseil fédéral contre leur initiative. Etablir des salaires minimaux ne fera pas augmenter le chômage, a affirmé Daniel Lampart. Des emplois seront notamment libérés par ceux qui doivent actuellement trouver un second emploi faute de revenu décent.

L'économie ne périclitera pas non plus. Un minimum de 22 francs de l'heure ferait augmenter la masse salariale d'environ 1,6 milliard de francs. Cette hausse de 0,4 % constitue nettement moins que les augmentations de salaires annuelles en Suisse.

L'immigration n'augmentera pas non plus, parce que les employeurs ne pourront plus recruter de la main-d'oeuvre bon marché à l'étranger. S'ils doivent verser des salaires helvétiques, aller chercher du personnel à l'étranger n'en vaudra la peine que s'ils ne trouvent personne en Suisse, a poursuivi l'économiste de l'USS.

Pas de danger de délocalisation non plus, selon la vice-présidente de syndicom Bernadette Häfliger Berger.

Après le 9 février

La problématique des salaires insuffisants reste la même après le "oui" à l'initiative "contre l'immigration de masse", selon Paul Rechsteiner. Le recours à des contingents n'est de loin pas la panacée. Les saisonniers étaient un bel exemple de dumping salarial, a ajouté Daniel Lampart.

/ATS


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