En 1976, le nouveau bâtiment de l’hôpital de Moutier était inauguré. En cinquante ans, il a vu passer des innovations médicales, des bouleversements institutionnels mais surtout d’innombrables histoires et anecdotes. Des jeunes équipes d’assistants de la fin des années septante aux transformations vécues par l’ancien directeur Dominique Sartori, retour sur cinq décennies d’une histoire humaine, avant tout.
Nous sommes en 1979 et un jeune médecin-assistant, découvre, dans une région qu’il ne connaît que de son service militaire, un hôpital dernier cri. Ce jeune médecin, c’est le Dr André Piguet. Près de cinquante ans plus tard, il est devenu l’un des médecins emblématiques de la Prévôté, avec ses collègues Frédéric Gerber et Laurent Schaller. « L’hôpital était neuf lorsque je suis arrivé, il était magnifique. C’était ce qui se faisait de mieux du point de vue architectural». Mais ce dont il se souvient surtout, c’est de l’ambiance, et de la maison du personnel, bien remplie. Beaucoup d’infirmières viennent de l’étranger et apportent avec elles une diversité qui marque le jeune assistant. « Dans mon service, nous avions des collègues haïtiennes, québécoises, françaises et même néo-zélandaise, cela donnait une belle ambiance à l’hôpital de Moutier ».
Quelques années plus tard, en 1984, un autre témoin de cette histoire pousse les portes de l’hôpital de Moutier. Dominique Sartori y restera jusqu’à sa retraite, en 2023, après avoir notamment occupé la fonction de directeur général de l’Hôpital du Jura bernois. A ses yeux, il reste « le modèle le mieux adapté pour proposer des soins de proximité, en réponse aux besoins croissants de la population ». Au fil des années et des évolutions, sa mission fondamentale est restée la même : « L’Hôpital de Moutier fonctionne jour et nuit tout au long de l’année. Sans jamais aucun répit, il doit impérativement délivrer des prestations de qualité et assurer la sécurité des patients ».
Des médecins-assistants en première et dernière ligne
Les professionnels de santé ont vu défiler les années avec des réalités bien différentes de celles d’aujourd’hui, comme la loi sur le travail par exemple : « Il n’y avait pas d’horaire, on pouvait faire des semaines à 100 heures de travail. Nous n’étions que trois assistants en médecine donc un jour sur trois de garde, c’était sans limite », explique le Dr André Piguet. Une autre époque, mais aussi une autre manière d’apprendre pour les jeunes médecins : « les médecins-chefs nous donnaient énormément de responsabilités en tant qu’assistants. Heureusement qu’on avait de bons livres et on s’entraidait. »
Ces dernières décennies, l’imagerie s’est développée, les techniques opératoires ont évolué, la chirurgie endoscopique est apparue, les équipes ambulancières se sont professionnalisées. Puis sont venus le scanner, l’IRM et, plus tard, la robotique. Dominique Sartori se souvient de l’époque où l’informatique a fait son entrée dans les hôpitaux : « L’arrivée, au début des années 80, du premier ordinateur IBM annonçait la future transformation de l’organisation du travail administratif. »
Dans un monde de la santé devenu exigeant, les murs du bâtiment prévôtois ont tenu bon, grâce à l’engagement et le professionnalisme de l’ensemble des équipes comme le souligne Dominique Sartori qui a vécu cette vie hospitalière de l’intérieur : « Proche du personnel et des patients, j’ai été témoin et parfois acteur, de drames humains, de bonheurs extrêmes, d’émotions à profusion. Des expériences marquantes qui ont forgé mon attention à l’autre ». Et l’histoire se poursuit à Moutier où l’hôpital continue de prendre en charge les patients du Jura bernois.



