Pas de porc au pâturage

Un couple d’agriculteurs de Lucelle (JU) vit depuis plusieurs mois un véritable casse-tête ...
Pas de porc au pâturage

Des agriculteurs jurassiens privés d’élevage en plein air. Les autorités cantonales les empêchent de laisser librement leurs cochons dans les pâturages, à la fois pour protéger l’environnement et le bien-être animal

 L'un des porcs de Lucelle, au pâturage, avec une boucle nasale.

Un couple d’agriculteurs de Lucelle (JU) vit depuis plusieurs mois un véritable casse-tête. Il souhaite laisser librement ses porcs gambader dans les pâturages, mais le Service cantonal de la consommation et des affaires vétérinaires (SCAV) et l’Office de l’environnement s’y opposent.

Ces agriculteurs ont décidé d’élever des porcs basques qui ont besoin de beaucoup d’espace. Ils tiennent à leur offrir des conditions proches de celles qu’ils auraient dans leur état naturel. Les porcs au pâturage ont une nourriture plus variée, ils peuvent courir, se baigner et sont rarement malades. En 2017, les éleveurs n’ont pas eu besoin d’utiliser d’antibiotique.

 

Des dégâts ou des anneaux

Le problème c’est que les porcs fouillent et retournent le sol. En peu de temps, ils détruisent le pâturage, ce qui va à l’encontre de la protection de l’environnement. Les agriculteurs doivent lutter contre l’érosion des sols et l’infiltration de nitrates. « La détention des porcs en pâturage n’est pas souhaitable et risque de mettre en danger les sols et les eaux », a répondu l’Office de l’environnement lorsqu’il a été interpellé par les agriculteurs.

Pour éviter ces dégâts, les éleveurs ont posé, sous anesthésie, des anneaux aux groins de leurs cochons. L’animal arrête alors de tout retourner car l’anneau lui fait mal, mais il peut se nourrir sans problème. Sauf que cette pratique est interdite en Suisse. Le SCAV leur a ordonné d’arrêter immédiatement et de se débarrasser des porcs avec anneaux d’ici le 31 mars. Les agriculteurs de Lucelle sont donc tiraillés entre les Lois sur la protection des animaux et de l’environnement, mais ils refusent de devoir enfermer leurs porcs.

 

Pour une étude suisse

Les éleveurs veulent surtout que les acteurs concernés viennent chez eux observer les porcs et discuter, afin de tenter de trouver une solution. Ils souhaitent qu’une étude soit réalisée en Suisse pour déterminer l’impact de l’anneau sur le bien-être des cochons.

Le Gouvernement jurassien s’est dit favorable à la création d’un groupe de travail. Le ministre Jacques Gerber l’a affirmé mercredi au parlement, en réponse à une question orale. Les agriculteurs attendent maintenant que cette volonté se concrétise. Plusieurs organisations ont déjà fait part de leur intérêt et la démarche est soutenue par la Chambre jurassienne d’agriculture ainsi que par le SCAV.

 

Eviter la souffrance animale

Mais le service vétérinaire précise qu’il ne peut ignorer la loi et que les experts déclarent que les boucles nasales ne sont pas une solution soutenable pour les porcs. En réponse à nos questions, le SCAV écrit : « Etant donné la position des spécialistes, des scientifiques et des principaux intéressés de la branche préalablement consultés par le SCAV, il apparaît compliqué d’envisager, dans un avenir proche, l’autorisation d’appliquer des boucles nasales aux porcs, même à des fins d'expérience. »

De son côté, la Société protectrice des animaux (SPA) affirme que fouiller fait partie de la nature des porcs et que les en empêcher va à l’encontre de leur bien-être. Elle encourage la possibilité de placer les cochons en plein air, dans une parcelle qui leur est réservée. En Suisse, la quasi-totalité des porcs est élevée à l’intérieur. Dans ces cas-là, la SPA essaye de sensibiliser les agriculteurs à mettre de la paille à disposition, pour que les porcs puissent fouiller un peu.

Les éleveurs de Lucelle regrettent que la Loi sur la protection des animaux conduise finalement la plupart des agriculteurs à enfermer leurs porcs. Ils sont persuadés que leurs cochons sont bien plus heureux dans les pâturages avec une boucle nasale qu’à l’intérieur sans boucle. Ils ont créé un site internet et lancé une pétition en ligne, qui a obtenu plus de 800 signatures en même pas 24 heures. /mvr

Les porcs de Lucelle en vidéo


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