La COMCO plonge l’horlogerie dans le flou

La Commission de la concurrence ne décidera que l’été prochain si ETA peut continuer ou non ...
La COMCO plonge l’horlogerie dans le flou

La Commission de la concurrence ne décidera que l’été prochain si ETA peut continuer ou non à livrer des mouvements à des tiers. En attendant, le flou domine

ETA vend 500'000 mouvements mécaniques par an à des tiers. (Photo : eta.ch) ETA vend 500'000 mouvements mécaniques par an à des tiers. (Photo : eta.ch)

L’horlogerie suisse face à des mois d’incertitude. Les milieux concernés ont pris connaissance jeudi matin de la décision très attendue de la Commission de la concurrence. Elle devait se prononcer sur la possibilité ou non pour ETA de continuer à livrer des mouvements mécaniques à des tiers. L’entité du Swatch Group y était obligée en vertu d’un accord entré en vigueur en 2013.

La tension a commencé à grimper dimanche dernier, avec la publication d’un article dans le journal « Die Schweiz am Sonntag ». Il laissait entendre que dès le 1er janvier, ETA aurait l’interdiction de fournir des clients hors Swatch Group. Un changement radical qui n’a pas manqué de provoquer un tollé.

Finalement la Commission de la concurrence a opté pour un entre-deux qui laisse une grande part de flou. Elle annonce jeudi que sa décision finale sera prise au plus tôt l’été prochain, après des analyses complémentaires du marché. En attendant, l’obligation pour ETA de livrer des mouvements mécaniques aux tiers est « formellement maintenue », jusqu’au 31 décembre 2020 au plus tard.

Un statu quo sur le papier donc, mais techniquement impossible à mettre en œuvre pour l’entité du Swatch Group, en raison des délais de commande à respecter. Partant de ce constat, la COMCO impose « une suspension provisoire de la fourniture de mouvements mécaniques aux clients ». En clair, ETA doit continuer à livrer, mais ne peut plus le faire, et tout le monde y perd son latin.


Swatch Group dénonce un diktat de la Commission de la concurrence

Swatch Group n’a pas attendu cette décision alambiquée pour réagir vertement. Mercredi déjà, le géant horloger a dénoncé un diktat de la Commission de la concurrence qui nuit à l’industrie horlogère suisse. Pour lui, les mesures prises sont incompréhensibles, inacceptables et surtout inutiles. ETA n’est plus dans la situation de quasi-monopole de 2013 et n’est même plus le premier acteur du marché, selon Swatch Group. C’est désormais l’entreprise Sellita, basée à La Chaux-de-Fonds, qui fournit la majorité des mouvements mécaniques aux horlogers suisses.


La Fédération de l’industrie horlogère suisse inquiète

Cette décision rendue jeudi matin inquiète aussi la Fédération de l’industrie horlogère suisse. Son président, Jean-Daniel Pasche, la qualifie d’ailleurs de peu claire et estime qu’elle va provoquer une grande incertitude avec des soucis de planification pour les clients. Il déplore aussi que ce flou artistique survienne à un moment où il « faudrait éviter toute mesure qui pourrait renforcer le phénomène de baisse des volumes de montres exportées par l’horlogerie suisse ». Il redoute aussi une mise en danger du label « swiss made », qui implique de pouvoir disposer de mouvements mécaniques. Or, la décision de la COMCO risque bien de provoquer une pénurie, personne n’étant capable de fournir au pied levé les 500'000 mouvements vendus chaque année par ETA à des tiers. /ast


Actualisé le

 

Actualités suivantes

Articles les plus lus