Le Pontenet industriel et ses différents visages : chronologie (1/5)

L’ancienne usine Tana à Pontenet est en train d’être rénovée. RJB réalise une série sur ce ...
Le Pontenet industriel et ses différents visages : chronologie (1/5)

L’ancienne usine Tana à Pontenet est en train d’être rénovée. RJB réalise une série sur ce lieu qui a connu un riche passé, entre moulin et coopérative d’horlogerie notamment

Le bâtiment industriel actuellement en rénovation à Pontenet. En haut aujourd'hui, en bas vers 1948. (Photo du bas: détail d'une carte postale fournie par Christophe Gerber) Le bâtiment industriel actuellement en rénovation à Pontenet. En haut aujourd'hui, en bas vers 1948. (Photo du bas: détail d'une carte postale fournie par Christophe Gerber)

C’est un lieu chargé d’histoire qui est en train de revivre. Vous l’avez peut-être remarqué en passant à Pontenet, l’ancienne usine Tana est en pleins travaux de rénovation. Le lieu dispose d’un riche passé. Moulin, scierie, forge, poterie, fabrique d’horlogerie ou de pointes de stylo, les affectations se sont enchaînées au fil du temps. Nous consacrons cette semaine une série à ce lieu. Le premier volet effectue un survol de son histoire en commençant par les travaux en cours.


Un toit en ruine

Le bâtiment historique, sis dans le bas du village à côté du rond-point, était dans un piteux état. Un toit non-étanche, des poutres en bois pourries : il était urgent d’agir afin d’éviter le pire. L’actuel propriétaire des lieux, Robert Habegger, s’est trouvé face à un choix cornélien :

Pour l'heure les rénovations ont eu lieu principalement au niveau du toit et du grenier. L'intérieur du bâtiment est quant à lui presque nu. Pour l'heure les rénovations ont eu lieu principalement au niveau du toit et du grenier. L'intérieur du bâtiment est quant à lui presque nu.

Après rénovation, l’ancien bâtiment qui n’est pas protégé par le patrimoine sera destiné à l’habitation. Quant à l’édifice le plus moderne du lot, l’entrepreneur qui a grandi à Reconvilier l'a déjà rénové et y exploite actuellement son entreprise de tréfilage et profilage « La Cible ». Si les bâtiments avaient des lèvres, ils pourraient raconter bon nombre d'histoires. De ces vieux souvenirs imprégnant les murs, Robert Habegger a découvert des traces en réalisant les rénovations :

La plus vieille photo retrouvée durant nos recherches, elle date de 1930. (Photo: détail d'une photographie du fonds: ETH-Bibliothek Zürich, Bildarchiv/Stiftung Luftbild Schweiz / Fotograf: Mittelholzer, Walter / LBS_MH01-006044) La plus vieille photo retrouvée durant nos recherches, elle date de 1930. (Photo: détail d'une photographie du fonds: ETH-Bibliothek Zürich, Bildarchiv/Stiftung Luftbild Schweiz / Fotograf: Mittelholzer, Walter / LBS_MH01-006044)

À l’origine un moulin

D’après les recherches non exhaustives que nous avons effectuées dans les documents d’archives et les ouvrages scientifiques, l’existence du moulin et de la scierie sont relatés à plusieurs reprises. En 1703, un accord passé entre l'abbaye de Bellelay et la communauté de Pontenet concerne le moulin. Dans un ouvrage de géographie d'Uriel Freudenberger publié en 1758, ainsi que dans plusieurs autres du début du 19e siècle, l'endroit avec son moulin et quelques bâtisses est nommé « hameau du Grabonnat ». La présence du moulin et de la scierie est encore confirmée par les cartes des archives de l'Etat du canton de Berne qui permettent de remonter au 18e et 19e siècle. Les deux bâtiments se situaient l'un en face de l'autre, de chaque côté de la Birse, le moulin à l'emplacement actuel de la fabrique en rénovation.

Les deux bâtiments sont identifiés comme tels par des annotations sur la carte qui date de 1828. (Détail d'un plan détenu par les archives d'Etat du canton de Berne, cote : AA IV Moutier 15) Les deux bâtiments sont identifiés comme tels par des annotations sur la carte qui date de 1828. (Détail d'un plan détenu par les archives d'Etat du canton de Berne, cote : AA IV Moutier 15)

En 1819, une famille nommée Bandelier déménage à Pontenet, endroit où elle a acquis le moulin. Quelques années plus tard, en 1878, il est à remettre à un meunier, de préférence célibataire, « solvable et de bonne moralité », comme on peut le lire dans un article d’époque du journal « Le Jura ». Ces deux bâtiments subsistent sur les cartes au fil du temps jusqu'à l'apparition de la ligne de chemin de fer pour la scierie et jusqu'à la correction de la route cantonale pour le moulin. En 1880, la société coopérative essaye de vendre le tout, moulin, scierie et batoir. On apprend grâce à une annonce dans la pressse que des roues à eau de 4m80 et 4m20 sont utilisées.

Il est aussi fait mention d'une fabrique de poterie à Pontenet. Une seule occurence le stipule en 1837 dans un dictionnaire de géographie signé Markus Lutz.

Transition industrielle

Dans l’élan de la révolution industrielle, l’affectation du lieu change et on y parle pour la première fois de fabrique d’horlogerie. La « coopérative d’horlogerie de Pontenet » y est fondée en 1860, ou 1876 selon plusieurs sources divergentes. Enregistrée sous la forme de SA en 1883, elle est alors en Suisse, une des seules à redistribuer ses bénéfices comme l'indique le « Journal de Genève » dans son édition du 15 juillet 1886.

Cette nouvelle entreprise ne va pas durer. En 1895, elle est mise en vente publique. Grâce à l’annonce parue dans le journal « Le Jura », on apprend que le lot comprend la fabrique, une scierie, un battoir à grain, un cours d’eau ainsi qu’un pré, jardin et verger.

L'annonce qui précise la vente publique. (Le Jura, Volume 45, Numéro 47, 11 juin 1895) L'annonce qui précise la vente publique. (Le Jura, Volume 45, Numéro 47, 11 juin 1895)

Les propriétaires se succèdent

Le texte de Roger Humair écrit d'après l'oeuvre de M. Frey « Histoire et chronique de Malleray » permet de savoir que le tout est vendu pour une somme de plus de 77'000 francs à Daniel Guerne, instituteur de Malleray. Ce dernier fondera sa propre entreprise qui connaîtra à son tour rapidement la faillite, soit deux ans plus tard, en 1897. Rebelote, une nouvelle mise aux enchères est réalisée. Cette fois, le prix d’achat est plus bas. Le lot part pour 50'000 francs en faveur de P. Rougemont de Moutier ainsi que de A.L. Miche de Malleray.

Deux ans plus tard, la fabrique Meyer et Kramer s’installe sur les lieux pour y produire des mouvements d’horlogerie. Après bien des péripéties - que nous relaterons dans le volet numéro trois de notre série mercredi - la firme sera finalement achetée par l'ASUAG grâce à des subventions fédérales. Selon la même source, elle est englobée en 1941 alors qu'une annonce de décès parue dans l'Impartial indique une fermeture en 1944.

L'en-tête d'une annonce de l'entreprise recherchant des mécaniciens en 1968. (Photo: Quotidien La Sentinelle du 10 septembre 1968) L'en-tête d'une annonce de l'entreprise recherchant des mécaniciens en 1968. (Photo: Quotidien La Sentinelle du 10 septembre 1968)

Vers la Tana

Le lieu aura vu passer du monde… Selon des informations fournies par André Petit, né à Pontenet et aujourd'hui 90 ans, l'endroit est ensuite occupé par Léon Charpilloz de Malleray qui y fait du décolletage. Puis, en 1947, Marcel Tanner Affolter de Malleray rachète la fabrique pour y faire à son tour du décolletage et des fournitures d’horlogerie. À côté, l’homme a développé un autre secteur d’activité sous la marque Tana. Le siège de la marque est transféré à Pontenet en 1955. Tana qui produit notamment des porte-mines et des stylos englobera par la suite la raison sociale Marcel Tanner Affolter. 

Durant cette période, l’usine sera agrandie successivement en direction de l’ouest. Tana diversifiera plusieurs fois sa production, en passant même par la vente d’armes. Des opérations qui ne suffiront pas puisqu'en 2006, l'entreprise est en faillite.

Une prise de vue réalisée le 12.09.1980. (Photo: détail d'une photographie tirée du fonds:  ETH : Bildarchiv/Stiftung Luftbild Schweiz / Fotograf: Swissair Photo AG / LBS_L1-807696 / CC BY-SA 4.0) Une prise de vue réalisée le 12.09.1980. (Photo: détail d'une photographie tirée du fonds:  ETH : Bildarchiv/Stiftung Luftbild Schweiz / Fotograf: Swissair Photo AG / LBS_L1-807696 / CC BY-SA 4.0)

Rachat et rénovation

Robert Habegger, d’abord locataire d’une partie des locaux, achète finalement le tout en 2014 afin d’y développer son entreprise à l’étroit. Il ne se donne pas de délais dans les travaux de rénovation qu’il a entrepris et compte avancer en fonction des moyens à disposition.

Mardi dans la suite de notre série consacrée à ce lieu industriel de Pontenet, nous vous proposons un volet axé sur un canal mystérieux qui traverse les usines. Il a été conservé et même bichonné par Robert Habegger. Rendez-vous à 7h20 pour une première diffusion en direct. /jrg

La chronologie sous forme enregistrée:

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