Le Pontenet industriel et ses différents visages : la dissidence (3/5)

L’ancienne usine Tana à Pontenet est en train d’être rénovée. RJB réalise une série sur ce ...
Le Pontenet industriel et ses différents visages : la dissidence (3/5)

L’ancienne usine Tana à Pontenet est en train d’être rénovée. RJB réalise une série sur ce lieu qui a connu un riche passé, entre moulin et coopérative d’horlogerie notamment

Vue du site industriel vers 1948. (Photo: détail d'une carte postale fournie par Christophe Gerber) Vue du site industriel vers 1948. (Photo: détail d'une carte postale fournie par Christophe Gerber)

L’usine E. Meyer et fils de Pontenet seule contre tous. Nous continuons ce mercredi notre série consacrée à l’histoire de la zone industrielle du bas du village en nous projetant entre 1930 et 1940. Durant cette période, Emile Meyer et ses fils tiennent les locaux et y fabriquent des mouvements d’horlogerie. Dans une conjoncture difficile, le secteur de l'horlogerie met sur pied au niveau national une super holding en 1931. Sous la forme de monopole, elle doit garantir l’emploi et conserver la technologie horlogère en Suisse.

Face à ce processus, on retrouve à l'origine en Suisse deux entreprises dites «  dissidentes  ». L’une d'elles n’est autre que la fabrique Emile Meyer et fils à Pontenet.

Pontenet se fait un nom

Cette période fera connaître le nom de la localité de Pontenet partout dans notre pays et même au-delà. Avec l’usine Essor à Court, Emile Meyer refuse d’intégrer la super holding. Cette « dissidence » est même à l'origine d'un procès à grand retentissement devant le Tribunal fédéral en 1934, celui dit « Ebauches S.A contre Degoumois et Cie ». Il s'agit d'un industriel neuchâtelois qui essaye de justifier ses activités commerciales en marge des conventions par l'existence de la dissidence. Selon lui, elle rendrait tout accord de cartel caduque. Les juges de Mon-Repos le désavouent à l'unanimité.

Afin de mieux comprendre les événements de cette époque, la Prévôtoise Amandine Cabrio, doctorante FNS en histoire des techniques à l’Université de Neuchâtel nous présente l'origine du mouvement de cartellisation :

Cette première tentative de concentration est un échec. Emile Meyer - dont une nécrologie permet de dresser le portrait - ne lâche rien malgré différentes offres de rachat. De quoi mettre l’industriel de Pontenet et tous les autres dissidents sous pression comme l’explique Amandine Cabrio :

Dans une offre d’achat, il a été proposé à la firme Emile Meyer et fils de se réorienter vers la fabrication de cadenas et de serrure. À quoi le patron répond que « l’un de ses fils [ndlr: Henri Meyer] n’avait pas fait pour cela quatre ans et demi d’étude au Technicum de La Chaux-de-Fonds et trois ans et demi dans une école de commerce ». C’est une chronique horlogère parue dans l’Impartial en 1931 qui nous l’apprend. Par ailleurs, l’industriel indique qu’il occupe des ouvriers depuis 32 ans et qu’il ne veut pas les laisser sur le carreau.


Les exigences du père

En cas de reprise, les exigences du patron sont les suivantes : garantir l’exploitation de la fabrique pendant une durée, pouvoir s’approvisionner de fournitures à son gré, avoir le droit de garder ses clients, de fabriquer ses calibres et de pratiquer un tarif préférentiel à comparé de celui d’Ebauches. Autant parler de dialogue de sourds…

Face à ces difficultés, Amandine Cabrio explique que la Confédération lance une nouvelle offensive en 1934 :

Au final, grâce à une subvention fédérale, l’usine Emile Meyer et fils est rachetée en 1941 pour être fermée en 1944. Le décès en 1938 du père fondateur de la firme, Emile Meyer, aura peut-être facilité cette opération. À cette période, les autres entreprises du Jura bernois que sont Essor, Rossé et Affolter de Court, Nouvelle Fabrique S.A à Tavannes, Précimax S.A à La Neuveville, Derby S.A et Orwa S.A à Renan, ainsi qu'à Bienne G. Flury, sont également achetées grâce à cette subvention.


Que pour l'argent ?

Pour les adversaires des « dissidents », seul l'argent et le profit égoïste motive les entreprises refusant d'être englobées. Le tableau dressé jusqu'ici avec l'exemple de la firme Emile Meyer et ses fils montre que la situation est bien plus nuancée. La mort relatée par la presse en 1961 de Georges Meyer, l'un des fils d'Emile, permet également de savoir que d'importantes donnations ont été effectuées. L'image de la firme de Pontenet s'en trouve à nouveau complexifiée.

La dissidence sous forme enregistrée :

Jeudi, dans le quatrième volet de notre série, nous écouterons André Petit, habitant de Pontenet aujourd’hui 90 ans. Son grand-père et son père ont travaillé tous deux dans les usines de Pontenet. /jrg

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