Une complexe affaire d'enlèvement jugée à Moutier

La victime a été emmenée d'Afrique en Suisse à l'âge de 7 ans sous une fausse identité. Elle ...
Une complexe affaire d'enlèvement jugée à Moutier

La victime a été emmenée d'Afrique en Suisse à l'âge de 7 ans sous une fausse identité. Elle a été présentée comme la fille d'un couple tout aussi fictif qui l'aurait utilisé pour pouvoir rester en Suisse

 L'affaire a connu plusieurs volets dont certains ont déjà été traités par le Tribunal régional Jura bernois-Seeland à Moutier. (Photo : archives). L'affaire a connu plusieurs volets dont certains ont déjà été traités par le Tribunal régional Jura bernois-Seeland à Moutier. (Photo : archives).

Le Tribunal régional de Moutier est occupé depuis lundi matin par une complexe affaire d’enlèvement. La victime aujourd’hui âgée de 22 ans a été emmenée en Suisse en 2007 depuis son pays d’origine, en Afrique. A la base de ce mouvement, un prétendu regroupement familial alimenté par de faux documents d’identité. Difficile, voire impossible d’y voir clair dans cette affaire sur la base du simple acte d’accusation produit par le Ministère public. On y apprend qu’une jeune fille de 7 ans s’est vue transportée en Suisse depuis l’Afrique il y a 15 ans, une migration organisée par des compatriotes, éventuellement avec la complicité des parents biologiques. Trois prévenus étaient à la barre lundi à Moutier. Ils ont répété leur volonté d’aider des proches, de donner une chance de s’en sortir à cette enfant issue d’une famille pauvre. « Pour ses parents, c’est comme gagner un ticket de loterie », a même déclaré l'un des prévenus en procédure. Une manière de dire qu'en évoluant ici en Suisse, la jeune fille pourra, à terme, subvenir aux besoins de sa famille restée en Afrique.


« Mythe de l’entraide communautaire »

Pour le procureur, ce n’est que l’expression du mythe de l’entraide communautaire. Dans la réalité, les motifs qui ont poussé les prévenus établis en Suisse à emmener la fillette seraient bien plus égoïstes : l’un d’eux avait besoin d’une enfant pour falsifier un regroupement familial qu’il avait demandé mais dont les tenants avaient évolué suite à une séparation. C’était la condition pour qu’il puisse rester en Suisse. S’en est suivie l’élaboration de faux documents d’identité. Au final, la fillette a débarqué dans une famille qui ne la connaissait pas. Elle aurait même été victime de menaces et violences avec l’obligation de taire sa véritable identité. Le procureur Pascal Fischer a dénoncé l’utilisation de la jeune enfant à des fins quasi mercantiles, son déracinement et l'impossibilité pour la victime, complètement isolée, de trouver une oreille pour l'écouter. Ce n'est que bien plus tard qu'elle aura pu se confier à des tiers ici en Suisse, déclenchant immédiatement la présente procédure. En l'état, il reste difficile de savoir si les parents biologiques, restés au pays, ont consenti au départ de leur fille. 

Le Ministère public a requis des peines privatives de liberté de 12 à 16 mois pour enlèvement aggravé. Il prévoit un sursis de 2 ans aux prévenus, qui ne se verront pas expulsés du sol suisse. Le jugement sera rendu prochainement. /oza


 

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