Un Jurassien en contact avec Damas

Parler avec des Syriens est un défi. La guerre a considérablement réduit la marge de manœuvre ...
Un Jurassien en contact avec Damas

Abu Mazîn, coiffeur à Damas Abu Mazîn, coiffeur à Damas (photograhie de Michel Hänggi)

Parler avec des Syriens est un défi. La guerre a considérablement réduit la marge de manœuvre des gens en contact avec des citoyens. Les lignes sont soit coupées, soit sur écoute. L'accès à internet est lui limité. Dans ce contexte, il est difficile, quand on est ami avec des familles, d'avoir des nouvelles du terrain. A Damas, où se trouvent les connaissances de Michel Hänggi, certains quartiers sont maintenant bombardés. Lorsque les contacts directs sont impossibles, ce professeur du Lycée cantonal de Porrentruy use «d’émissaires» pour se tenir au courant de ce qui se passe à Damas.

Ce qui se passe dans la capitale

En parlant de Damas, Michel Hänggi évoque une ville «vide avec des commerces qui n’ouvrent pas le matin en raison des dangers permanents». De plus, une pénurie de biens alimentaires de base et une inflation galopante entament la confiance de ses amis. «L’embargo a amené une augmentation des prix des denrées les plus essentielles comme le riz par exemple, qui est un produit d’importation. Ce qui complique terriblement la vie des gens», précise-t-il.

Rester inventif pour communiquer

Parmi les personnes qu'il connaît, certains n’ont pas donné signe de vie au Jurassien pour des raisons qui ont trait plus directement avec la politique. Pour d'autres, «c’est compliqué parce qu’ils sont très pauvres, qu’ils n’ont ni portable, ni adresse fixe, et leur courrier n’arrive pas ». Afin de pallier à cette absence de nouvelles, l’enseignant «fait appel à ce qu’on nomme à juste titre en Occident le téléphone arabe». Il envoie une personne sur le terrain qui va aller s’enquérir de l’état de santé des uns et des autres. Michel Hänggi ajoute que «cela fonctionne extrêmement bien, avec le risque bien sûr que certains aient tragiquement disparu».

Des gens en majorité apolitique

Au-delà des lignes de démarcations entre opposants et fidèles au régime syrien, il y a une partie de la société civile qui ignore «les tenants et aboutissants de cette guerre», explique-t-il. «Les gens sont moins politisés que ce que l’Occident voudrait souhaiter. Beaucoup de personnes sont moins critiques vis-à-vis du régime que ce que l’on pense. Une partie de la population pense que le clan Assad a fait son temps. Pour des raisons diverses, de corruption ou de clientélisme notamment, et parce qu’elle souhaite la paix ». En revanche, pour Michel Hänggi, depuis l’arrivée du président syrien au pouvoir en 2000, ce dernier a fait beaucoup pour préserver les « particularismes et défendre les minorités qui forment la mosaïque de la Syrie, et il a été très respecté pour ces raisons, surtout auprès des Druzes et des Chrétiens».

Etre clair sur les intentions du régime

Michel Hänggi tient aussi à préciser que «si le régime alaouite s’est rapproché d’autres minorités, c’est d’abord et surtout pour des raisons stratégiques, et que cette tactique, bien qu’intéressée, lui a attiré des sympathies et des soutiens». De manière plus générale, l’analyse du professeur sur les soulèvements que connaît le monde arabe depuis des mois est à comprendre « davantage comme une lutte contre l’hégémonie clanique et une certaine façon de concevoir des pouvoirs bâtis sur des méthodes clientélistes, qu’un combat pour des valeurs démocratiques». Epris de liberté et de justice, les Syriens n’ont toutefois, à ses yeux, pas la même conception de ce que signifie la démocratie. Laïcisation ou promotion de l’intérêt individuel sont par exemple des concepts difficiles à concevoir dans ce type de société où la communauté reste une valeur fondamentale, tout comme la religion. Michel Hänggi estime que «l’Occident plaque des idées préconçues sur des réalités différemment vécues et interprétées en Orient». /gcb


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